Comment une start-up innovante et surmédiatisée de la Silicon Valley, appuyée par quelques-uns des plus grands noms de la tech et de la finance mondiale, se retrouve-t-elle mêlée à un scandale judiciaire mêlant accusations de fraudes financières et comportements inappropriés? Est-ce là une énième querelle interne ou un révélateur des dérives qui traversent parfois l’univers feutré des licornes technologiques?
Tout débute en décembre dernier, quand Robert Bender, ancien bras droit de Jack Hidary, PDG de SandboxAQ, dépose une plainte pour licenciement abusif. Pourquoi un ex-cadre, ayant côtoyé le sommet de la hiérarchie, porte-t-il devant la justice des accusations aussi graves qui touchent non seulement la réputation de l’entreprise mais aussi celle de son patron? S’agit-il de représailles, ou Bender a-t-il effectivement assisté à des actes qu’il considérait comme inacceptables?
Selon les éléments filtrés de la plainte – dont une partie des passages jugés les plus scandaleux ont été volontairement caviardés par le plaignant lui-même – l’ex-directeur de cabinet accuse Hidary d’avoir utilisé les ressources de la société et des fonds d’investisseurs pour financer des “rencontres sexuelles” et d’avoir communiqué des chiffres financiers trompeurs pour séduire de nouveaux investisseurs. Quelles motivations se cachent derrière la décision rarissime de gommer certains éléments à l’initiative de la partie accusatrice? Veut-on protéger des tiers ou exercer une pression sur la cible de la plainte?
Le scandale SandboxAQ dévoile les coulisses troubles d’une start-up réputée, tiraillée entre innovations technologiques et accusations fracassantes.
SandboxAQ, autrefois moonshot du groupe Alphabet (maison mère de Google), s’est imposée depuis 2022 comme un acteur phare du secteur de l’IA et du quantique, attirant des investisseurs comme Eric Schmidt, Ray Dalio, ou Marc Benioff. Mais comment ces poids lourds ont-ils réagi face à la tempête? Malgré le tumulte, les fonds continuent d’affluer, à l’image des 450 millions de dollars levés début 2025, poussant la valorisation à près de 6 milliards de dollars. Le capital-risque serait-il aveugle aux signaux d’alerte?
La défense de SandboxAQ n’a pas tardé : le cabinet d’avocats Gibson Dunn qualifie la plainte de “pure fabrication” et riposte en traitant Bender de “menteur professionnel” prêt à tout pour obtenir un règlement financier. De leur côté, les avocats de Bender suggèrent que la société tente de salir leur client pour détourner l’attention de la gravité de ses révélations. Qui dit vrai dans ce duel d’egos et de versions contradictoires?
Les accusations se recoupent partiellement avec une enquête parue chez The Information, qui reprend les griefs concernant l’utilisation de jets privés pour des voyages “personnels” et la manipulation présumée de chiffres d’affaires, bien que Bender nie en être la source. La galaxie du capital-risque est-elle trop habituée à jouer les pompiers en cas de crise d’image, ou doit-elle s’interroger sur ses propres critères de sélection?
Malgré la gravité des accusations, la startup poursuit son ascension financière, multipliant les annonces de tours de table et de reventes secondaires pour un total d’un milliard de dollars levés. Jusqu’où l’argent et l’innovation peuvent-ils faire écran à la transparence et à l’éthique des dirigeants dans la Silicon Valley?
Dans ce contexte, on ne peut que s’interroger : ce procès sera-t-il l’occasion d’un profond nettoyage, ou le système continuera-t-il de balayer la poussière sous le tapis tant que les profits sont au rendez-vous?
Source : Techcrunch




