Pourquoi la Maison Blanche de Trump cherche-t-elle à freiner l’offensive des États américains sur la régulation de l’intelligence artificielle ? La question ne cesse de se poser alors que l’administration multiplie les actions pour limiter l’autonomie législative des États en matière d’IA. Le président a ouvertement affirmé sur les réseaux sociaux que l’industrie aurait besoin « d’une seule norme fédérale au lieu d’un patchwork de 50 régimes réglementaires d’État ». Cette déclaration pose la question de la cohérence nationale, mais aussi du contrôle centralisé : qui doit vraiment tracer la ligne rouge pour l’IA aux États-Unis ?
On se souvient que le sujet ne date pas d’hier. Une disposition prévoyant dix ans de gel de toute régulation IA par les États avait déjà été introduite dans le « Big Beautiful Bill » défendu par Trump. Pourtant, le Sénat a retoqué cette idée avec une majorité écrasante (99 voix contre 1). Comment expliquer un tel rejet ? Faut-il y voir la volonté des sénateurs de préserver l’indépendance des États ou la crainte d’un fédéralisme trop musclé dans un domaine aussi mouvant que l’IA ?
L’exécutif n’a toutefois pas renoncé à ses ambitions. Une fois l’option du moratoire balayée, la Maison Blanche aurait préparé une ordonnance pour créer une AI Litigation Task Force. Sa mission ? Attaquer frontalement les lois étatiques jugées problématiques et même menacer certains États de couper les fonds fédéraux pour l’accès à Internet s’ils s’obstinaient à vouloir réglementer l’IA eux-mêmes. À ce stade, la division est palpable : peut-on parler de bras de fer entre Washington et ses propres États ?
La régulation de l’IA est-elle un enjeu national ou la prérogative de chaque État ?
Cependant, ce projet d’ordonnance a été mis en pause, révèle Reuters, face à des risques de contestation massive, notamment au sein du propre camp républicain. Quel sort serait-il réservé à ce texte si jamais il était signé ? Serait-il le catalyseur d’une crise constitutionnelle ou la concrétisation d’une uniformisation salutaire des règles du jeu pour l’IA ?
La polémique ne s’arrête pas là. En Californie, épicentre de la Silicon Valley, la fracture entre les tenants de l’autorégulation et les partisans d’une intervention législative ne cesse de s’élargir. Certaines figures du secteur tech, souvent proches de l’administration Trump, n’hésitent pas à accuser des entreprises comme Anthropic de « faire peur » au public pour mieux promouvoir des lois sur la sécurité de l’IA, à l’image de la SB 53 signée récemment par le gouverneur Newsom. S’agit-il de véritables divisions idéologiques – ou chacune des parties cherche-t-elle à protéger ses intérêts économiques sous couvert de débat sur la sécurité ?
Alors que la régulation de l’intelligence artificielle se retrouve au croisement des tensions entre État fédéral et gouvernements étatiques, mais aussi entre acteurs privés et publics, la question demeure : l’Amérique est-elle capable de forger un consensus sur un sujet aussi explosif, ou sommes-nous voués à une guerre de normes dans l’économie la plus innovante du monde ?
Source : Techcrunch




