Vivez-vous dans le fantasme technologique ou déjà dans sa dystopie ? Aujourd’hui, tandis que les camions filent sans conducteurs (merci Waabi et Volvo) et que les entrepreneurs veulent bâtir leur propre IA d’un simple clic conversationnel (coucou Empromptu), l’Amérique se bat à coup de lois pour qui pourra vraiment régner sur l’intelligence artificielle (spoiler: certainement pas vous). Derrière la promesse démocratisante des technologies se déploie un jeu de dupes, où la frontière entre progrès libérateur et usine à bulles n’a jamais été si floue.
Prenez le nouvel eldorado des SRE automatisés (merci Resolve AI) : la promesse d’une infrastructure qui s’autorépare comme par magie fait rêver capitaux et managers, mais laisse les techniciens entre angoisse métaphysique et soupçon de plan social déguisé. Les fonds d’investissement n’ont jamais été aussi prompts à poser des milliards sur des châteaux de cartes algorithmiques, qu’on badigeonne d’annonces de rupture « structurelle » pour masquer, sous la hype, la fragilité du modèle. Levées de fonds records, guerres de communiqués et bataille de brevets: l’IA, ici, n’automatise qu’une chose… la spéculation.
En toile de fond, la société civile s’accroche à des garde-fous juridiques aussi décoratifs qu’une étiquette de prix new-yorkaise (salut l’algorithme qui calcule combien vous valez). Car ce que législateurs, plateformes et consommateurs expérimentent tour à tour avec OpenAI (où la sécurité des mineurs tutoie l’écran de fumée), c’est la même pièce à plusieurs actes : une IA toujours plus omniprésente, mais pilotée ni par l’éthique, ni par la prudence, seulement par le profit et la course à l’échelle. L’enfant, le conducteur routier, l’entrepreneur et même le citoyen moyen : tous embarqués de gré ou de force dans le même fourgon algorithmique, et prière de ne pas poser de questions sur la destination…
Entre promesse d’inclusion et stratégie d’exclusion, l’IA esquisse une société à deux vitesses : celle de ceux qui paramètrent l’algorithme… et celle de ceux qu’il calibre.
La grande question : à qui profite vraiment la « démocratisation » ? Lorsque Empromptu prétend offrir les pleins pouvoirs IA au quidam, ne valide-t-elle pas en creux la montée de l’injonction à s’autoformater pour suivre la cadence des machines ? Pendant ce temps, la querelle réglementaire outre-Atlantique montre que tout consensus sur ce qui fait l’intérêt général du numérique est illusoire. De la Californie qui veut sa propre régulation à Trump qui rêve d’un logiciel fédéral pour l’Amérique, la foire d’empoigne n’accouche que d’insécurité : pour les développeurs, pour les entreprises, pour les citoyens – et pour les acteurs eux-mêmes, en veille constante pour ne pas se faire doubler à la prochaine « pause-café » algorithmique.
Tout s’accélère, tout s’automatise, tout s’étiquette : mais dans ce flot de transparence programmée et de pédagogie algorithmo-compatible, qui s’arrête vraiment pour réfléchir à ce que l’on construit ? Dans la frénésie à « tout rendre accessible », la tech américaine se débat entre l’innovation galopante, la défiance politique et la quête factice d’équité. Quand chaque nouveau produit vous promet – la main sur le cœur mais l’œil sur votre data – de vous rendre plus « autonome », la seule vraie autonomie reste de ne pas croire sur parole le futur qu’on vous vend à la chaîne.



