Les créateurs de contenu sont-ils en train de perdre le contrôle de leur audience à cause des algorithmes tout-puissants des réseaux sociaux ? En 2025, il ne suffit plus de publier : les abonnés ne voient presque jamais tout. Qu’est-ce que cela change pour ceux dont la carrière dépend justement de ce contact direct ? Et surtout, comment réagir et survivre dans ce nouvel écosystème saturé de ce que certains appellent désormais la « bouillie numérique » ?
Amber Venz Box, PDG de LTK, n’hésite pas à affirmer que l’année 2025 fut celle où l’algorithme a définitivement remplacé la notion même de “communauté de followers”. Est-il encore pertinent de compter ses suiveurs alors que seule une infime partie sera atteinte ? Face à la méfiance grandissante envers le « slop » généré massivement par l’IA, certains s’organisent pour restaurer la confiance : mais est-ce un retour à l’authenticité ou une simple adaptation aux règles du jeu imposées par la tech ?
Des études récentes, comme celle menée avec l’Université Northwestern, indiquent pourtant une hausse de 21% de la confiance envers les créateurs humains. Comment l’expliquer ? Pour Box, la peur de l’artificiel incite paradoxalement le public à chercher des repères plus “humains”. Face au manque de contrôle sur les flux, les entreprises d’affiliation et certains influenceurs parient sur la fidélisation par la communauté restreinte. Est-ce donc la niche qui sauvera le créateur, ou son professionnalisme technique ?
Entre méfiance envers l’IA et saturation algorithmique, les créateurs se réinventent pour préserver la valeur du lien humain.
Mais alors, quelle tactique adopter pour “posséder” son audience ? Tandis que les plateformes encourageant un contact direct émergent, d’autres misent sur le “growth hacking” : une nouvelle forme de piratage de l’attention boostée par des « armées » de jeunes clippers sur Discord, embauchés pour éditer et disséminer massivement des extraits sur TikTok ou Instagram. Drake, Kai Cenat ou même MrBeast misent déjà sur ces pratiques. Mais ne risque-t-on pas, à terme, de provoquer une nouvelle vague de surenchère et de “pollution” algorithmique ?
Les experts pointent le double tranchant de cette stratégie : si chacun réussit à confier sa diffusion à des légions d’adolescents, n’assistera-t-on pas à une explosion de contenus redondants et sans âme, telle une nouvelle ère de « meme factories » où la quantité prime sur la qualité ? Glenn Ginsburg estime qu’il s’agit d’une “course effrénée pour inonder la toile”, mais le procédé resterait efficace tant que le grand public ne l’associe pas à du spam pur. Alors, qui y gagne vraiment à la fin ?
Face à cette prolifération, Box note que plus de 94% des personnes interrogées estiment que les réseaux sociaux ne sont “plus sociaux”, tandis que beaucoup fuient vers des communautés de niche sur des plateformes moins mainstream. L’avenir appartient-il alors aux créateurs ultra-spécialisés ? Les macro-stars type MrBeast ou PewDiePie deviendraient-ils les dinosaures d’une époque révolue ? D’ailleurs, certains exemples frappants attestent de cette mutation : la chaîne Epic Gardening, portée par un créateur, a récemment racheté l’un des principaux distributeurs de graines des États-Unis.
La frontière entre micro-influence, passion, et transformation d’audience en entreprises concrètes n’a jamais été aussi mince. Car au-delà de l’entertainment, le modèle créateur s’étend à tous les secteurs, de la finance à la construction ! Mais cette multiplication de micro-communautés dispersées ne risque-t-elle pas d’achever l’idée d’un Internet aussi ouvert qu’à ses débuts, au profit d’îlots fermés et ultra-ciblés ? Le vrai pouvoir du créateur, dans ce paysage, n’est-il pas tout simplement de (re)gagner la confiance, un contenu humain à la fois ?
Source : Techcrunch




