Les smartphones sont-ils sur le point de devenir obsolètes, ou du moins de voir leur usage profondément transformé dans un avenir proche ? C’est la question qui secoue la Silicon Valley alors que certains investisseurs, à l’instar de Jon Callaghan, cofondateur du fonds True Ventures, parient déjà sur la disparition (ou la mutation radicale) du téléphone dans nos vies quotidiennes. Mais sur quoi repose cette conviction ? Et pourquoi des entrepreneurs expérimentés misent-ils leur capital là-dessus ?
True Ventures n’est pas un acteur ordinaire du capital-risque. Depuis deux décennies, ce fonds californien cultive la discrétion et la fidélité plutôt que le culte de la personnalité, à rebours de nombreux concurrents. Comment expliquer alors son succès, avec 63 sorties profitables et sept introductions en bourse, sur près de 300 investissements ? S’agit-il d’un simple coup de chance, ou d’un véritable flair pour anticiper les transformations de l’usage technologique, à l’image de ses paris fondateurs sur Fitbit, Ring ou Peloton ?
Au cœur de la stratégie de True se niche une intuition forte : les smartphones, tels qu’on les connaît, représentent une interface dépassée entre l’intelligence (artificielle ou non) et l’humain. Jon Callaghan va jusqu’à affirmer que dans cinq à dix ans, nous n’utiliserons plus du tout nos téléphones comme aujourd’hui, voire plus du tout. Cette vision relève-t-elle de la provocation ou d’une analyse lucide de l’évolution de nos usages ?
Sous l’impulsion de fonds visionnaires comme True, l’après-smartphone se dessine déjà dans les laboratoires et les startups.
Pour étayer cette thèse, True Ventures investit désormais sur des interfaces alternatives, souvent hardware, à la frontière de la science-fiction. Dernière trouvaille : le projet Sandbar, un anneau connecté baptisé « compagnon de pensée », conçu pour saisir, organiser et restituer nos idées par commande vocale. Un gadget futile ou le prélude à une véritable révolution de l’interaction homme-machine ? Dans l’équipe qui pilote Sandbar, on retrouve des ingénieurs issus de CTRL-Labs (rachetée par Meta), pionniers des interfaces neuronales. L’approche intéresse True : il ne s’agit plus d’un simple objet, mais d’un outil qui pourrait remodeler nos gestes, nos réflexes, notre façon de vivre la technologie.
L’histoire semble se répéter : Peloton, par exemple, n’a jamais été un simple vélo connecté, mais l’incarnation d’une nouvelle communauté et d’une pratique sportive repensée. Ainsi, True n’investit pas dans des gadgets, mais dans des comportements émergents. Cette philosophie explique une discipline peu commune dans l’industrie, refusant la frénésie actuelle autour de l’IA et les valorisations flamboyantes qui l’accompagnent. Faut-il pour autant minimiser l’impact de l’intelligence artificielle sur la création de valeur ? Callaghan insiste : la prochaine vague ne viendra pas tant des infrastructures ou data centers ultra-capitalisés, mais des applications capables d’induire de nouveaux usages, pilotées par ces fameuses « nouvelles interfaces ».
La mesure et l’audace résument le parcours de True. Si Callaghan ne nie pas la puissance de la vague IA, il s’inquiète de la spéculation actuelle et préfère miser sur la transformation du quotidien, là où la croissance n’est plus dans le marché saturé du smartphone (à peine +2% par an), mais du côté des wearables et accessoires connectés à croissance à deux chiffres. Le téléphone va-t-il passer du centre névralgique de notre vie numérique à un rôle secondaire ? Les courbes semblent déjà trahir une bascule.
Investir tôt, souvent à contre-courant, tel est le credo de True. Mais l’histoire leur donnera-t-elle raison une fois de plus ? Sommes-nous vraiment prêts à délaisser nos smartphones pour des dispositifs plus discrets, plus naturels, plus humains ?
Source : Techcrunch




