Le secteur privé a-t-il vraiment besoin de données spatiales ? Depuis des années, les spécialistes du spatial clament que les entreprises auraient tout à gagner à exploiter les images et mesures récoltées en orbite. Mais est-ce le cas, ou la réalité montre-t-elle que seuls les gouvernements restent de véritables clients ? Aujourd’hui, une start-up espagnole nommée Xoople semble vouloir prouver le contraire. Avec l’explosion de l’intelligence artificielle, la demande va-t-elle enfin décoller, ou sommes-nous face à un nouvel engouement destiné à retomber ?
Fondée en 2019, Xoople n’est pas un nom qui fait encore rêver le grand public. Pourtant, l’entreprise lève déjà des fonds impressionnants : 130 millions de dollars pour sa série B, portés par des investisseurs majeurs tels que Nazca Capital, MCH Private Equity ou encore le fonds technologique de l’État espagnol, CDTI. Mais pourquoi un tel engouement pour cette start-up ? Serait-ce la promesse de capter et vendre des données destinées à nourrir les intelligences artificielles qui fascine autant les financeurs ?
Ce qui distingue Xoople, c’est une promesse ambitieuse : proposer des données d’une précision inédite, grâce à une constellation de satellites équipés de capteurs développés par L3Harris, un géant du secteur spatial américain. Le PDG Fabrizio Pirondini assure que les flux de données générés représenteront « deux ordres de grandeur » au-dessus des offres existantes. Néanmoins, bien des questions demeurent : combien de satellites seront réellement placés en orbite ? Quelle est la nature exacte de leurs capteurs, qui semblent coûter cher et exiger des levées de fonds constantes ?
Mais à l’heure où l’intelligence artificielle réclame des volumes toujours plus gigantesques de données fiables, Xoople pourra-t-elle vraiment s’imposer face à des concurrents déjà bien établis ?
Il faut dire que le marché est loin d’être vierge. Entre Planet, BlackSky, Vantor ou Airbus, Xoople débarque dans un univers ultra-compétitif, dominé par des acteurs dotés de flottes de satellites opérationnelles et déjà rodées à la distribution de jeux de données pour l’IA. Alors, quelle est la « botte secrète » de la start-up espagnole ? D’après Pirondini, c’est l’intégration directe de ses produits au cœur des plateformes utilisées par les grands comptes : Microsoft, Esri, et autres poids lourds du secteur géomatique. Néanmoins, pour l’instant, Xoople ne dispose pas encore de ses propres données, utilisant plutôt celles de l’agence spatiale européenne, ce qui interroge sur sa capacité à tenir ses promesses à court terme.
Un autre sujet intrigue : Xoople semble avoir soigné sa chaîne de distribution avant même d’avoir déployé la constellation promise. Est-ce une stratégie risquée, ou un coup de maître qui lui permettra de prendre de vitesse ses concurrents ? D’après Aravind Ravichandran, expert du domaine, Xoople pourrait bien réussir là où d’autres peinent, à condition de bien doser entre fournir des données brutes ou des analyses clé-en-main. Son ambition ultime ? Rien de moins que de devenir le « système de référence du monde terrestre », une plateforme unifiée d’observation capable de concurrencer, à terme, les modèles d’IA géospatiaux développés par Google.
Les usages envisagés, eux, ne manquent pas de variété : de la surveillance d’infrastructures à l’analyse de chaînes logistiques en passant par le suivi des réseaux de transport ou des catastrophes naturelles. Mais est-ce que la demande des entreprises suffira, enfin, à transformer la donnée spatiale en or numérique ? À l’heure où Xoople affirme se situer dans la catégorie des futurs licornes technologiques, la route vers la rentabilité s’annonce longue et semée d’obstacles réglementaires, technologiques et concurrentiels.
À quoi ressemblera le monde quand chaque parcelle de la Terre deviendra accessible en temps réel à l’œil avisé de l’intelligence artificielle ? L’arrivée de Xoople et de ses rivaux accouchera-t-elle d’une nouvelle ère de la « connaissance planétaire » au service du business, ou bien ce rêve restera-t-il de l’ordre du pur fantasme ?
Source : Techcrunch




