La révolution des taxis autonomes est-elle en train de s’emparer de Miami, et à quel prix pour ses habitants ? Alors que Waymo, filiale de Google, vient d’annoncer l’ouverture au public de son service de robotaxis dans la ville, de nombreuses questions planent sur l’avenir de la mobilité urbaine, la sécurité des usagers et la capacité des autorités à suivre le rythme de l’innovation technologique. Mais que cache réellement la course effrénée de Waymo à la conquête du marché sud-floridien et américain ?
Dans un premier temps, seuls les 10 000 résidents inscrits sur la liste d’attente pourront découvrir cette expérience inédite sur un secteur de 60 miles carrés couvrant des quartiers emblématiques comme le Design District, Wynwood, Brickell ou encore Coral Gables. Mais est-ce vraiment la première étape d’une transformation profonde du paysage urbain Miami ou un simple coup de communication ? Et qu’en sera-t-il de l’extension promise à l’aéroport international, encore sans calendrier précis ?
Waymo n’en est pas à son premier coup d’essai. Après des tests confidentiels puis sans opérateur humain depuis novembre dernier, la marque applique ici un « playbook » rodé : déploiement progressif, ouverture d’abord à certains publics, puis élargissement du service. On a déjà vu la même recette à Phoenix en 2020, puis à San Francisco, Los Angeles, Austin ou Atlanta en partenariat avec Uber. Ce modèle expansionniste a-t-il prouvé son efficacité ailleurs ? Quels enseignements tirer de ces autres villes alors que Waymo affiche vouloir s’implanter dans près d’une douzaine de nouvelles métropoles en moins d’un an ?
L’essor des robotaxis s’accompagne d’espoirs révolutionnaires, mais aussi de zones d’ombre inquiétantes sur la sécurité et la régulation.
Toutes ces annonces cachent-elles les vraies difficultés du projet ? Si Waymo ambitionne de faire circuler 1 million de trajets autonomes par semaine d’ici la fin 2026, la réalité est plus nuancée. À San Francisco, des habitants ont montré des vidéos où ces véhicules intelligents créaient des bouchons, incapables de réagir face à des coupures de courant ou à d’imprévus de la chaussée. Et qu’en est-il lorsque ces robots traversent les frontières de la légalité ? Osons-nous confier nos routes à une intelligence encore perfectible ?
D’autant plus que la National Highway Traffic and Safety Administration (NHTSA), l’autorité américaine de la sécurité routière, a ouvert une enquête à l’automne concernant des déplacements problématiques de robotaxis près de bus scolaires à Atlanta. Malgré un rappel volontaire du logiciel pour corriger cette faille, des vidéos récentes ont prouvé que la faille persistait, certains taxis Waymo dépassant encore des bus scolaires alors que leur signal d’arrêt était activé. Peut-on tolérer de telles failles alors que la sécurité des enfants est en jeu ?
Miami ne fait qu’ouvrir la voie à une vaste expérimentation sociale et technologique. Les bénéfices attendus – réduction du trafic, mobilité facilitée, accès amélioré aux transports – pèseront-ils assez lourd face aux failles de sécurité, à la dépendance aux algorithmes, et à l’aptitude des pouvoirs publics à réguler ce secteur ?
À mesure que Waymo s’étend et promet de transformer radicalement l’expérience de la mobilité urbaine, la question cruciale demeure : la société et les autorités régulatrices sauront-elles imposer les garde-fous indispensables pour protéger le public tout en favorisant la révolution du transport autonome ?
Source : Techcrunch




