Le monde des capteurs de perception dans la tech serait-il en train de vivre un big bang silencieux ? Quand Ouster, spécialiste du lidar, met la main sur StereoLabs, un acteur reconnu dans la vision artificielle, ne faut-il pas s’interroger sur la véritable course à la domination qui se joue derrière ces acquisitions ?
Depuis quelque temps, le secteur de la « physical AI » ne cesse d’attirer l’attention des investisseurs et des industriels. Mais faut-il voir dans ce mouvement un épiphénomène passager, ou le signe précurseur d’une profonde transformation des industries de la robotique et de l’automatisation ? Les fusions et rachats se multiplient : après MicroVision qui s’est offert les actifs lidar de Luminar au sortir de la faillite, Ouster poursuit sa dynamique agressive, elle-même déjà issue de la fusion avec Velodyne ou de l’acquisition de Sense Photonics. La concentration s’accélère, mais à quel prix ?
Derrière ces “détecteurs” high-tech, l’enjeu est immense : maîtriser l’ensemble de la chaîne de perception pour équiper robots, drones et véhicules autonomes. Angus Pacala, PDG d’Ouster, le confiait récemment à TechCrunch : il ne veut plus se contenter du lidar, composant clé pour la sécurité ; il aspire à enrichir la plateforme technique en intégrant la vision par caméra stéréo et l’intelligence artificielle développées par StereoLabs. Pourquoi ce pari audacieux sur la convergence des capteurs et de l’IA ?
La consolidation des fournisseurs annonce-t-elle un futur dominé par quelques géants de la perception artificielle ?
Selon Pacala, c’est le logiciel de StereoLabs permettant de calculer la profondeur via des caméras stéréo qui aurait achevé de le convaincre : dans l’idée d’Ouster, il s’agit de constituer une plateforme “tier one”, le haut du panier des fournisseurs pour les systèmes physiques AI avancés. Peut-on imaginer que cette intégration donne naissance à une sorte de « super-capteur », capable de répondre à toutes les exigences du marché ?
Il est pourtant intéressant de noter que, malgré cette soif d’intégration, StereoLabs continuera d’opérer en filiale indépendante. Que révèle cette précaution ? Souhait d’agilité ? Ou crainte de diluer l’expertise pointue de StereoLabs dans une entité trop vaste et lourde ?
Derrière l’emballement médiatique autour de la « physical AI », la prudence est de mise. Pacala lui-même reconnaît que le succès commercial dépendra plus de la fiabilité des solutions proposées que de l’effet de mode. N’est-ce pas là le vrai défi : transformer l’effervescence actuelle en produits certifiés, sûrs et déployables à grande échelle ? Le PDG d’Ouster va même jusqu’à évoquer une potentielle désillusion pour ceux qui croient à une révolution rapide des humanoïdes.
Cette lucidité est partagée par d’autres acteurs, à l’image de Glen DeVos, dirigeant de MicroVision, qui anticipe une “consolidation ou un écrémage” du secteur, faute de revenus suffisants pour entretenir autant de concurrents. Sommes-nous à l’aube d’une bataille où seuls quelques géants survivront, ou assiste-t-on à l’émergence d’un nouveau modèle pour toute l’industrie de la perception ?
Source : Techcrunch




