Zepto, la jeune pousse indienne qui révolutionne les courses en ligne, peut-elle convaincre la Bourse sans jamais avoir généré de bénéfices? Cette question résonne dans tout l’écosystème technologique alors que la start-up menace de faire son entrée fracassante sur les marchés publics, le tout sur fond d’investissements massifs et sous un regard scrutateur des régulateurs financiers.
Le récent dépôt du dossier d’introduction en Bourse de Zepto lève enfin le voile sur les coulisses d’une entreprise insaisissable. Pendant que la croissance de son chiffre d’affaires explose (plus de 104% en un an), c’est son activité publicitaire, ayant bondi de 151%, qui attire maintenant les regards. Faut-il y voir une manœuvre tactique inspirée d’Amazon, où l’affichage sponsorisé devient la nouvelle poule aux œufs d’or plus rentable que la simple livraison de paniers?
Face à des géants établis comme Blinkit ou Instamart, la montée en puissance de Zepto ressemble à une course de vitesse. Peut-elle maintenir ce rythme effréné avec déjà près de 640 millions de commandes et 48 millions de clients annuels enregistrés ? La multiplication de ses dark stores, loin de saturer le marché, semble même attiser la demande. Mais à quel prix cette expansion se fait-elle, surtout que chaque trimestre de croissance s’accompagne de pertes abyssales ?
L’envolée de Zepto fascine autant qu’elle inquiète : croissance fulgurante, stratégie publicitaire inédite, mais pertes financières toujours plus massives.
Est-il tenable pour Zepto d’aspirer au statut de licorne cotée tout en accumulant 617 millions de dollars de pertes annuelles ? La startup veut lever près d’un milliard de dollars, mais ses investisseurs historiques, de Y Combinator à Lightspeed, préfèrent garder leurs positions au lieu de profiter de cette offre pour vendre. Signe de confiance ou crainte que la valorisation boursière soit en deçà de la dernière levée privée à 7 milliards de dollars ?
Un autre défi pèse sur l’aventure boursière : le regard acéré de la regulation. Zepto et ses fondateurs ont récemment dû répondre aux interrogations de l’agence indienne de lutte contre le blanchiment, l’Enforcement Directorate, au sujet de leur structure capitalistique et des flux de capitaux étrangers. Un simple contrôle de routine, ou un indicateur d’un environnement juridique de plus en plus complexe pour les jeunes pousses à la croissance spectaculaire?
En choisissant de rapatrier son siège social de Singapour vers l’Inde, Zepto suit la tendance des start-ups qui préfèrent miser sur des marchés publics locaux désormais plus réceptifs à la tech. Mais restera-t-elle un modèle à suivre ou deviendra-t-elle le symbole d’un essoufflement précoce du quick-commerce à l’indienne?
Au final, la trajectoire fulgurante – mais fragilisée – de Zepto pose une question essentielle : la quête effrénée de croissance suffit-elle face à l’implacable exigence de rentabilité imposée par la Bourse ?
Source : Techcrunch




