Peut-on vraiment faire confiance aux promesses des constructeurs de voitures électriques en matière d’autonomie de conduite ? C’est la question que pose aujourd’hui l’actualité brûlante autour de Rivian, ce constructeur américain accusé d’avoir survendu les capacités « autonomes » de ses premiers modèles R1T et R1S. Mais derrière cette affaire judiciaire, se cache-t-il une vérité plus dérangeante sur l’ensemble du secteur des véhicules autonomes ?
Tout commence devant le tribunal du district central de Californie, où une action collective accuse Rivian d’avoir induit les consommateurs en erreur, notamment en leur faisant miroiter une conduite mains libres et yeux détournés de la route. En cause : la technologie Driver+, annoncée comme un système d’assistance avancée équivalent au niveau 3 de la norme de la SAE, c’est-à-dire un système capable de gérer direction, accélération et freinage sans intervention humaine dans certaines conditions. Rivian a-t-il sciemment exagéré les performances de ses véhicules, ou s’agit-il de simples malentendus autour des promesses de la tech ?
L’accusation cible non seulement la communication officielle de la marque, mais aussi les déclarations publiques de son PDG RJ Scaringe, évoquant à plusieurs reprises l’ambition de Rivian d’atteindre une autonomie poussée. Les plaignants soutiennent qu’aucune mise à jour logicielle ne permettrait réellement aux modèles de première génération d’atteindre ce fameux niveau 3. Pourtant, Rivian persistait à les présenter comme des voitures « mains libres », séduisant ainsi de nombreux acheteurs potentiels. Où tracer la frontière entre campagne marketing ambitieuse et véritable tromperie ?
Le procès contre Rivian met en lumière la difficulté pour les consommateurs de s’y retrouver dans la jungle des promesses technologiques.
Mais Rivian est loin d’être la seule entreprise confrontée à ce genre de controverses. Tesla, pionnier proclamé du véhicule autonome, fait l’objet de plaintes et de régulations depuis des années pour des promesses similaires autour de son « Full Self-Driving ». Plusieurs consommateurs ont déjà attaqué la firme pour publicité mensongère, et les régulateurs californiens épient de près l’utilisation des termes « Autopilot » ou « FSD ». Cette judiciarisation croissante est-elle le symptôme d’une industrie prise à son propre piège ?
Face à ces pressions, Rivian a préféré garder le silence sur l’affaire en cours. Pourtant, le passé montre que le constructeur ne rechigne pas à des compromis : l’an dernier, Rivian s’était déjà acquitté de 250 millions de dollars pour clore une action collective liée à une flambée soudaine des prix de ses modèles. Simple coût d’entrée pour jouer dans la cour des géants de la tech ?
Ironie du sort : ce n’est qu’avec la seconde génération de ses véhicules R1, dévoilés en 2024, que Rivian équipe véritablement ses voitures d’un système d’autonomie avancé, fort d’une “Autonomy Platform” comprenant onze caméras, cinq radars et une puissance de calcul démultipliée. Les acheteurs de la première heure, eux, se sentent trahis, piégés entre promesses marketing et réalité technique. La « révolution autonome » serait-elle réservée à ceux qui patientent ?
Alors que la concurrence et la pression réglementaire s’intensifient, une question cruciale demeure : comment distinguer innovation sincère et stratégie de communication borderline ? Et, surtout, qui protège vraiment l’automobiliste dans cette nouvelle ère automobile où le logiciel rivalise d’importance avec le moteur ?
Source : Techcrunch




