La course à l’IA dans les outils de collaboration professionnelle touchera-t-elle bientôt son apogée ? Salesforce vient tout juste de dévoiler une version enrichie de Slack, propulsée par son « nouveau » Slackbot développé autour de l’intelligence artificielle. Mais derrière l’avalanche de fonctionnalités, que cherche réellement à accomplir l’entreprise ? Et que risque de changer cette nouvelle direction pour les millions d’utilisateurs de Slack ?
Avec pas moins de 30 nouvelles fonctionnalités annoncées, Salesforce ambitionne de métamorphoser Slack : simple messagerie d’entreprise ou futur couteau-suisse professionnel ? Désormais, Slackbot ne se contente plus de répondre à des questions : il rédige vos emails, planifie vos réunions, consulte votre boîte de réception et peut même résumer pour vous une réunion à laquelle vous auriez décroché. Mais comment ce virage s’est-il opéré, et à qui profiteront vraiment ces changements ?
Le point d’orgue de cette mise à jour réside dans les « AI-skills réutilisables », bibliothèques de tâches intelligentes que chaque entreprise peut personnaliser. Est-ce la promesse que chaque salarié pourra enfin se délester de la gestion chronophage de l’organisation quotidienne ? Et Salesforce ne va-t-il pas, ce faisant, centraliser encore davantage les discussions et flux métiers autour d’un agent tout-puissant ?
Si Slack n’est plus seulement un outil de discussion mais un véritable assistant intelligent, où s’arrête l’automatisation et où commence la délégation des responsabilités humaines ?
D’autant plus que Slackbot ambitionne de dépasser, par son nouveau statut de client MCP, le simple cadre de Slack : il pourra orchestrer des actions entre différentes applications et plateformes, notamment avec Agentforce, la solution maison de Salesforce lancée en 2024. Tout cela, promet l’entreprise, avec des garanties sur la confidentialité et la possibilité de paramétrer finement la gestion des données. Mais l’agent, capable de suivre — et d’anticiper — nos moindres actes professionnels (conversations, calendrier, habitudes), risque-t-il de conférer à Salesforce une influence démesurée sur nos environnements de travail ?
Cette transformation se déroule alors que Marc Benioff, PDG de Salesforce, brandit des chiffres de croissance impressionnants : le rachat de Slack aurait permis de doubler le chiffre d’affaires, avec un million d’entreprises clientes dans le monde. Mais cette trajectoire effrénée vers une hyper-automation des tâches peut-elle séduire des utilisateurs déjà parfois saturés d’intelligences artificielles et de process numériques ? N’assistons-nous pas, à travers l’hybride Slack-Salesforce, à un basculement majeur dans la gestion quotidienne des entreprises ?
À force de multiplier les assistants intelligents, au détriment parfois du jugement humain, Salesforce prend-il un risque sur la confiance des utilisateurs ? Ou l’entreprise s’impose-t-elle, plutôt, comme la première à faire d’un outil collaboratif une plateforme centrale d’automatisation décisionnelle ?
Alors que la frontière entre outil simple et hub intelligent s’estompe, la prochaine étape ne sera-t-elle pas une véritable cohabitation entre employés humains et agents IA ?
Source : Techcrunch




