Ah, la technologie : ce doux théâtre où Apple fait pleuvoir des milliards pour que Siri se taise, pendant que l’Iran coupe tout simplement le son… mondialement. Il paraît qu’on n’a jamais autant parlé d’intelligence artificielle que depuis qu’on la cherche partout, sans jamais la trouver ni dans nos assistants vocaux, ni dans les décisions politiques, ni même dans les promesses marketing qui semblent aujourd’hui valoir un chèque de 250 millions de dollars. L’ère est à la convergence paradoxale : donner (gratuitement !) la puissance du cloud IA aux petits développeurs, tout en muselant un peuple entier de toute connectivité. Qui a dit que la Silicon Valley manquait de sens de l’ironie ?
L’annonce d’Apple de rendre l’accès aux Foundation Models gratuit pour les jeunes pousses du code a de quoi faire fantasmer autant les startuppers insomniaques que les investisseurs sensibles à l’union sacrée du « Small Business Program » et du modèle de la gentille multinationale sympa. On refait le remake de la start-up nation, version Cupertino : « Lancez votre IA, on finance la RAM », du moins tant que vos téléchargements n’atteignent pas le plafond de verre. L’ironie, c’est qu’au même instant, Siri, leur mascotte “intelligente”, vaut son pesant de class action : promesse non tenue, fonctionnalité cassée, remboursement de coque offert pour déception générale.
Alors que certains rêvent de causer avec Siri sur l’existence de la Lune, d’autres, à Téhéran, rêveraient juste de deux barres de réseau. En Iran, le « big shutdown » a transformé l’Internet en luxe rare, où l’accès à l’information devient une affaire de contrebande cosmique – merci Starlink, passé de symbolique techno-libératrice à bien de contrebande à traquer. Cela fait réfléchir : pendant que les géants de la tech improvisent des loteries d’accès et des chantiers IA pour jeunes padawans du code, ailleurs la révolution numérique se paye d’un black-out qui laisse tout un peuple dans l’ombre… sauf les pipelines et les banques, faut pas exagérer sur la coupure quand même.
Finalement, dans le grand cirque numérique, la promesse du cloud illimité n’a de sens que lorsqu’on a encore le fil pour s’y raccrocher.
On a donc d’un côté la gratuité programmatique pour stimuler la créativité – que des pixels dans le cloud, donc gratuits tant qu’ils ne gênent pas la marge –, et de l’autre la révélation crue du caractère politique du câble : il ne suffit pas de promettre un avenir radieux dopé à l’IA si en aval la société tremble un coup de cutter sur la fibre. Pendant que certains hurlent à la pub mensongère sur la sur-intelligence de leur assistant, d’autres découvrent que la vraie panne, ce n’est pas Siri qui oublie la météo, mais le silence imposé à tout un peuple. Alors, qui est vraiment victime d’une faille du système ?
Demain, on retiendra peut-être que nos avenirs connectés ne dépendent ni des modèles de fondation miraculeux d’Apple, ni de leur capacité à faire rêver les clients ou à indemniser leur déception. Mais bien de la solidité des liens – physiques, politiques, imaginaires – qui relient populations, machines et pouvoir. À quoi bon inventer la prochaine IA gratuite, quand il suffit d’un interrupteur pour remettre tout le monde au niveau zéro ? C’est la nouvelle philosophie numérique : une connexion n’a pas de prix, surtout quand elle disparaît.




