Lune, licornes et cases à cocher : chronique d’une société à demi-éclairée

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Lune, licornes et cases à cocher : chronique d’une société à demi-éclairée

On pensait que la Lune, immuable camarade des poètes insomniaques, était le dernier astre à échapper à la platitude technocratique — mais la voilà, elle aussi, rythmée de phases et de routines comme un logiciel qui met à jour sa skin chaque mois. Pendant que notre satellite préfère s’offrir en spectacle par quartiers, la planète Terre s’agite sur un tout autre front : la course au no-code, à l’IA, et à l’industrialisation de la disruption, où chaque startup tente de devenir la prochaine licorne, voire le prochain poney dopé à la levée de fonds européenne. Car ce que la Lune fait en silence dans le ciel, la tech, elle, le braille en milliards sur les communiqués de presse.

Entre la digitalisation bancale des PME indiennes par TransBnk, l’envolée sidérante de Framer sur le marché du no-code, et la montée en puissance de licornes européennes plus caméléons qu’un croissant lunaire (saga des licornes à l’européenne), on pourrait croire que la planète, elle aussi, alterne phases lumineuses et zones d’ombre. Chacun tente d’amener un bout de lumière dans une économie absurdiste, où la promesse de transparence des outils se heurte à l’opacité algorithmique et aux cases à cocher mieux planquées qu’un cratère d’Endymion dans la brume lunaire.

Il n’est qu’à voir le dernier coup de théâtre d’Anthropic, qui, sous couvert de sécurité et d’amélioration du service, veut garder vos secrets aussi longtemps qu’un cycle lunaire… multiplié par soixante. L’utilisateur, pris entre l’abandon de ses données pour « le bien commun IA » et la nécessité de double-checker toutes les cases, finit par ressembler à un loup-garou numérique, contraint de naviguer à vue entre pop-ups et fausses options, espérant ne pas finir comme simple point de data dans le prochain modèle premium de Claude, ChatGPT ou consort. Et que dire du débat sur le bien commun numérique qui s’invite jusqu’aux grands procès antitrust : Ecosia veut distribuer Chrome comme d’autres rêvaient de distribuer la lumière des étoiles, promettant une gestion désintéressée tout en flairant le jackpot publicitaire. Ah, la grande illusion du web éthique : la redistribution serait-elle le dernier mirage dans la nuit noire de la big tech ?

Les cycles de la tech, tout comme ceux de la Lune, ne cessent de revenir travestis d’innovations, mais toujours lestés de la même part d’ombre.

Et quand l’IA promet de démocratiser la gestion de stocks pour les PME (coucou Netstock), c’est au prix d’une dévolution programmée du savoir-faire humain, expédié à la vitesse d’une fusée Apollo dans l’obscurité des boîtes noires logicielles. L’intelligence, ici, se voit automatisée, normalisée, puis réinjectée au marché sous forme de flux tendus, rappels automatisés et conseils « opportuns ». Entre la fascination pour la transparence algorithmique et l’irrésistible standardisation des métiers, la Lune a décidément bon dos : ses ombres cachent un village global où tout le monde rêve de pleine lumière, mais où nul n’accepte plus les nuits d’incertitude.

En définitive, technologie et astronomie partagent la même leçon : toute lumière apparente est le revers d’une obscurité causée. À force de « plateformiser » les secteurs, de brûler l’idéologie open source au profit de la rentabilité, et de déléguer à la machine ce qu’il y avait de singulier dans chaque métier, notre modernité affiche crânement son premier quartier, pleine de promesses et d’exploits. Mais gare à ne pas oublier que, même dans la lumière la plus crue, la moitié du spectacle demeure invisible et attend son heure — jusqu’à la prochaine révolution, ou la prochaine nuit.

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