Plein Lune, demi-AI : quand la technologie habille l’ombre

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Plein Lune, demi-AI : quand la technologie habille l’ombre

D’un ballet lunaire mystérieux à la chorégraphie algorithmique des médias sportifs, la technologie nous promet chaque jour un nouvel éclairage, souvent plus criard que la pleine Lune, sur notre époque aux contrastes exacerbés. À l’heure où Apple affûte ses smartphones aussi fins que ses marges, Minute Media s’achète la start-up indienne VideoVerse pour automatiser, à coups d’IA, les « best of » sportifs adaptés à notre dopamine scrollante. Dans cette guerre de l’attention, qu’importe l’amas de pixels ou d’images s’il devient possible de forger en quelques modèles d’intelligence artificielle sur-mesure la mascotte qui saura dire « goaaaaaal » en mandarin, portugais ou emoji, pendant que l’Apple Watch vous buzzera la dernière coupe ratée d’un cycliste ou la promo WhatsApp qui va changer votre façon de recevoir des reproches familiaux sur le poignet.

La déferlante IA, loin de se cantonner à la création graphique (n’est-ce pas, Adobe ?) ou aux benchmarks d’économistes dont rêvent les start-upers en mal de turbo, investit ainsi tous les interstices de nos existences numériques. Benchmarks, compétition, automatisation : OpenAI s’amuse à tester ses modèles comme on enverrait un robot Roomba chercher du beurre en pleine crise existentielle, prouvant qu’entre la prose d’un rapport financier et le sens de l’orientation d’un aspirateur, il n’y a qu’un pas – ou un bug. Et si la nouvelle Lune continue d’inspirer les poètes et crypto-astrologues, c’est peut-être parce qu’elle incarne cette zone d’ombre que la techno veut, à toute force, dissiper : l’ultime mystère, l’espace de l’incertain, tout ce que vos montres et téléphones si intelligents sont encore incapables de capter.

Mais tout cela a un prix, et la marque à la pomme le sait mieux que quiconque : plus votre appareil est mince, plus votre banquier s’épaissit la moustache. L’obsession de la finesse, du « Air » extrême à la disparition du port SIM, dessine aussi les contours d’un monde où l’utilisateur est sommé de rattraper le train de l’innovation… sinon, tant pis pour lui, il n’aura droit qu’à la notification, pas à l’interaction. WhatsApp enfin disponible sur Apple Watch, c’est la frontière franchie entre la pulsation de la vraie conversation et le futile tapotement du pouce apprivoisé par la techno. Mais c’est aussi, paradoxalement, la promesse d’un nouvel asservissement : à chaque fonctionnalité “révolutionnaire”, une nouvelle dépendance se noue sur nos poignets.

Quand la créativité sur-mesure rencontre l’automatisation de la distraction, que reste-t-il à l’imagination humaine ?

Dans ce grand cirque hardware et software, c’est donc l’émotion – ou son simulacre algorithmique – qui s’institutionnalise au fil des acquisitions et des benchmarks : l’IA de Minute Media raconte le sport aussi platement qu’un Apple Watch calcule vos battements de cœur devant le prix du nouvel iPhone, et les LLM rêvent devant la machine à café d’un jour où leur benchmark inclura l’émotion ou la mauvaise humeur du lundi matin. Pendant ce temps, la Lune, elle, continue sans bruit de commander les marées, les cycles humains et l’imaginaire, rappelant que le véritable évènement, ce n’est pas la notification, mais bien ce souffle poétique et insaisissable qui échappe, encore, au cloud, aux graphiques et au design de plate-forme.

La techno peut tout automatiser, tout automatiser sauf l’émerveillement : ce vertige devant la Lune absente, ou ce bug d’aspirateur qui philosophe sur le sens du beurre. Plus le monde s’automatise, plus l’étrange, l’humain, le non-prévu deviennent précieux. Nous voilà priés de choisir : entre le spot publicitaire programmé par Firefly, la compilation TikTok générée par VideoVerse, ou le silence magnétique d’une éclipse… la dernière révolution à opérer est intérieure, là où l’ombre persiste et la créativité reste, peut-être, indomptable.

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