De la startup nation à la colonie du cloud : illusions (très) contrôlées de la mondialisation tech

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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De la startup nation à la colonie du cloud : illusions (très) contrôlées de la mondialisation tech

Ah, la tech mondiale, ce grand jeu de chaises musicales où l’on change de place pour mieux dérouter la concurrence – ou pour muscler son portefeuille, c’est selon. Qu’ont en commun une Amazon qui drague les startups américaines à grands coups de « gratuité » sélective, une Afrique où les licornes se rêvent en banquiers de l’inclusivité, et une Inde qui rapatrie fièrement ses géants de la Silicon Valley ? La réponse est simple : tout le monde court après l’indépendance… mais à condition de rester bien accroché au biberon des fonds et plateformes, new age du colonialisme technologique. Vous avez dit égalité des chances ? Certains aiment surtout choisir leurs favoris avant d’ouvrir les portes du bal.

Jetez un œil du côté d’Amazon et son Kiro Pro+, réservé aux génies du code… uniquement s’ils sont américains, et triés sur le volet, histoire de bien verrouiller l’accès à l’IA et d’éviter l’éparpillement. Pendant ce temps, les géants du capital-risque africain, comme Ventures Platform, montrent que la disruption ne vient pas toujours d’où on l’attend : ici, on privilégie la “painkiller tech” qui soigne les vrais bobos, et pas seulement ceux des hipsters de Palo Alto. Mais faut-il applaudir cette ruée vers les octets alors que toutes les routes mènent, encore et toujours, aux mêmes poches bien profondes ? Quand Visa ou Stripe s’offrent Paystack ou Moniepoint, c’est la mondialisation version la ferme aux licornes.

Sur l’autre rive de l’océan, la grande évasion fiscale inversée de l’Inde amuse la galerie des startuppers : « reverse flip », on rapatrie le siège au pays, on paye ses taxes (à prix fort), et on se rêve en maître des IPOs, à la barbe des Tiger Global et autres Peak XV. Certains appellent ça un changement de paradigme, d’autres une nouvelle danse du scalp-libéral où l’on change les règles pour garder le contrôle. Mais derrière cette fiesta patriotique, qui a vraiment la main sur l’avenir de la tech indienne : les nouveaux petits porteurs ou les exilés de la finance internationale qui empochent discrètement la plus-value ?

L’illusion de l’indépendance techno passe toujours par la reproduction méticuleuse de vieux schémas de domination, maquillés en inclusion ou patriotisme d’opérette.

Amazon parie sur l’emprisonnement volontaire des startups via la gratuité piégée, Ventures Platform sur la ruée des investisseurs à la patience sélective, Groww sur le retour aux racines (tant que les arbres produisent des fruits dollarisés). Derrière la prétendue démocratisation de l’innovation, la réalité est d’une ironie mordante : on change de continent, on change de décor, mais la partie reste la même, arbitrée par une poignée d’acteurs qui dictent qui aura accès à l’IA, à la levée de fonds, ou à la prochaine IPO dorée. L’avenir numérique s’habille de bonnes intentions, mais derrière le rideau, rares sont les nouveaux joueurs admis à la table du casino global.

Et si le prochain grand progrès technologique n’était pas une application, une API ou une IPO, mais la capacité collective à inventer des modèles d’accès réellement ouverts, affranchis des logiques de territoires et de clubs fermés ? Tant que la seule horizontalité tolérée sera celle des capitaux, les promesses d’émancipation ne resteront qu’une rubrique du Storytelling-as-a-Service. Demain, les plateformes parleront plusieurs langues, mais avec le même accent.

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