Le retour de Vine est-il possible à l’heure où l’intelligence artificielle s’invite partout dans nos réseaux sociaux ? À l’ère où le contenu généré par IA dilue l’authenticité des plateformes, un projet surprenant tente de redonner vie aux fameuses vidéos courtes de Vine. Mais derrière cette renaissance, se cache-t-il une nostalgie sincère ou une tentative de transformation du paysage numérique ?
Le lancement de diVine, une nouvelle application soutenue par Jack Dorsey, cofondateur de Twitter, intrigue par son ambition : restaurer plus de 100 000 anciennes vidéos Vine, soigneusement récupérées d’une sauvegarde antérieure à la fermeture, tout en offrant aux utilisateurs la possibilité de créer et d’ajouter leurs propres “Vines”. Pourquoi cette initiative aujourd’hui, alors que les plateformes sont saturées de vidéos et de contenus éphémères ? Est-ce un vrai tournant ou une simple parenthèse nostalgique ?
Contrairement aux réseaux sociaux classiques, diVine promet de marquer et de bloquer systématiquement tout contenu suspecté d’être généré par IA, coupant court à la confusion qui règne aujourd’hui sur TikTok, Instagram ou X (ex-Twitter) où le label “IA” reste flou ou absent. Mais comment cette technologie peut-elle réellement filtrer efficacement les créations humaines de celles purement artificielles ? Qui sont les architectes de cette résistance à la déferlante automatisée ?
diVine, à contre-courant de la vague IA, veut ressusciter l’esprit original de Vine et remettre l’humain au centre du jeu social.
Derrière cette aventure, on retrouve Evan Henshaw-Plath, pionnier de Twitter, qui a patiemment exploré, extrait et recréé l’archive Vine grâce à des scripts massifs et à l’aide de la communauté Archive Team. L’objectif ? Ramener non seulement les vidéos, mais aussi les profils et engagements authentiques de l’époque. Faut-il y voir une volonté de sauver la mémoire collective numérique, ou la création d’un laboratoire d’expérimentations sociales à ciel ouvert ?
Le retour n’est cependant pas absolu : si près de 150 000 à 200 000 vidéos, issues de 60 000 créateurs sur les millions existant alors, figurent dans diVine, des pans entiers – comme les millions de Vines K-pop – ont été définitivement perdus. Comment les créateurs absents ou oubliés pourront-ils réintégrer ou contrôler leur contenu ? Un système permet de faire retirer ses Vines via des demandes DMCA ou de revendiquer un profil, mais à une époque où la rapidité prime, ce processus manuel semble un vestige d’un autre temps.
Autre point essentiel : pour s’assurer de l’authenticité des nouvelles vidéos, diVine s’appuie sur la technologie du Guardian Project, spécialiste de la vérification de contenus mobiles pour les droits humains. Mais ce contrôle sera-t-il suffisant face à l’ingéniosité croissante des générateurs IA ? Et cette obsession de l’authenticité ne risque-t-elle pas de restreindre l’innovation artistique ou de complexifier l’expérience utilisateur ?
Enfin, la plateforme revendique son ouverture et sa transparence technique : diVine repose sur Nostr, un protocole ouvert et décentralisé encouragé par Jack Dorsey et qui ambitionne d’offrir l’indépendance aux développeurs. Cette philosophie open source est-elle réellement le futur du social, loin des algorithmes propriétaires et des choix arbitraires de géants comme X ou Meta ?
À l’heure où Elon Musk promet lui aussi le retour de Vine sans passage à l’acte, diVine s’impose comme une expérience à part, entre revival digital et manifeste anti-IA. Mais la nostalgie suffira-t-elle à concurrencer la vague d’innovations et d’automatismes qui façonne chaque jour nos usages en ligne ?
Source : Techcrunch




