Qu’arrive-t-il lorsqu’un pionnier de la tech, habitué à financer l’innovation médicale, se retrouve soudainement obligé de miser, cette fois, sur la technologie pour sa propre survie ? À l’heure où Jon Medved, fondateur incontournable d’OurCrowd et figure historique de la “Startup Nation” israélienne, se retire brutalement pour cause de maladie, la scène tech israélienne retient son souffle. Sommes-nous en train d’assister à la démonstration la plus personnelle de l’utilité de l’écosystème qu’il a contribué à ériger ?
Lorsqu’en octobre, Jon Medved annonce son départ immédiat de la société florissante qu’il a fondée, le choc au sein de la communauté technologique est palpable. Le pronostic tombe : sclérose latérale amyotrophique (SLA), ou maladie de Charcot. Comment la maladie d’un capital-risqueur peut-elle, en retour, mettre en évidence la portée très concrète des innovations qu’il a semées au fil des ans ? Et pourquoi, dans son cas, la technologie médicale devient-elle à la fois l’épreuve et l’ultime recours ?
Medved, dont la voix s’est éteinte avant ses membres – symptôme rare de la SLA – évoque une annonce brutale, un basculement soudain. Pourtant, cet investisseur qui a accueilli une myriade de fonds, d’Asie, d’Europe, d’Amérique et du Moyen-Orient, est aussi celui qui a imaginé démocratiser l’investissement en ouvrant les portes du capital-risque à plus de 240 000 investisseurs particuliers et professionnels, dans près de 200 pays. Dans quelle mesure la vision du financement participatif a-t-elle réellement bouleversé l’accès à l’innovation technologique ?
La maladie de Jon Medved devient une vitrine inattendue de l’impact social des startups qu’il a soutenues.
Mais l’empreinte de Medved va-t-elle survivre sans lui, surtout au moment où Israël traverse des crises majeures, tant sécuritaires qu’humanitaires ? Malgré la guerre à Gaza et ses conséquences économiques et sociales, l’écosystème israélien semble tenir bon : près de 100 licornes, des milliards de dollars investis chaque année, et des sociétés actives dans la défense, la cybersécurité, mais aussi la santé, l’alimentation ou l’IA. Ce dynamisme peut-il vraiment résister durablement à la tourmente ?
Fait troublant : les solutions technologiques qu’il a financées deviennent ses alliées. Pour préserver son identité, Medved fait appel à des avatars hyperréalistes, fruit de startups “maison” comme D-ID, en partenariat avec ElevenLabs et la Scott-Morgan Foundation. Ces avatars restituent désormais son visage, sa voix et même ses mimiques, comme on le découvre dans cette vidéo YouTube. N’est-ce pas là un étrange renversement où l’investisseur se transforme, malgré lui, en cobaye de ses propres paris ?
Derrière le cas Medved, s’esquisse un questionnement plus vaste : en investissant dans la santé connectée, le séquençage génétique ou la prise en charge des maladies chroniques (avec des sociétés comme OncoHost), la tech israélienne n’a-t-elle pas lancé, presque à son insu, une course pour repousser les frontières du soin et de l’humain ? Ces innovations, longtemps perçues comme distantes, trouvent ici une application poignante, presque prémonitoire.
Finalement, Jon Medved clame qu’il ne compte pas “quitter la scène en silence”. L’ex-investisseur, devenu patient, persiste à croire en la capacité de l’innovation à “changer des vies”, et continue de contribuer — du moins, à distance — à son œuvre. Mais cette histoire personnelle fait résonner une question collective : qui, à l’avenir, écrira la suite du récit de la “Startup Nation” si ses pionniers disparaissent progressivement ?
Source : Techcrunch




