Quand on observe la scène technologique récente, on croirait assister à une comédie existentielle où la modernité s’assoit, les yeux rougis par le neon du progrès, et nous murmure : “Tant qu’il y a de la vie, il y a… du brevet.” Entre la maladie de Jon Medved, pionnier de la tech israélienne devenu cobaye des startups qu’il finançait hier, et la lutte d’une Inde qui bascule dans l’ère du mouchard étatique généralisé, difficile de ne pas y voir une grande farce sur l’ambivalence de la technologie. Le progrès n’a jamais été aussi intime, intrusif… et paradoxalement vulnérable.
Car pendant qu’en Israël, les prouesses de la santé connectée se transforment, dans le corps affaibli de Medved, en espoir de transcender la maladie, ailleurs la technologie s’érige en garde-chiourme. En Inde, l’État promeut un système où chaque smartphone devient une balise autant pour retrouver son précieux que pour offrir son âme numérique aux serveurs publics – sans que personne ne sache vraiment où commencent le progrès, la sécurité, et l’infantilisation généralisée. L’innovation, c’est quoi ? Un avatar numérique qui redonne la voix à un fondateur muet ou une appli préinstallée qui réduit chacun à son IMEI ? L’un nourrit l’humain augmenté, l’autre le fichage intégral.
La confiance, pilier de l’adoption technologique, ne cesse de vaciller : il suffit de voir les chatbots IA de Character.AI, capables d’incarner aussi bien Elon Musk que la Reine des Neiges sous l’œil suspicieux d’un Disney belliqueux. Le malaise est le même : des plateformes transgressent, jouent les magiciens sans contrôle, puis promettent d’éteindre le feu d’artifice avant que la justice ne sorte la sulfateuse. Et au fond, si nous acceptons ces simulacres de vie numérique – qu’ils soient le nouveau visage d’un investisseur grabataire, la voix d’une star en pixel ou la traçabilité d’un téléphone perdu – n’est-ce pas par peur panique de la défaillance et de la perte, bien plus que par fascination pour l’innovation ?
La tech ne guérit rien : elle remplace le vide par des promesses d’omniprésence, sans jamais vraiment dissiper nos failles humaines.
Ce double mouvement d’hyperconnexion et d’hypercontrôle irrigue toute la chaîne : l’automobile autonome qui guette l’erreur humaine jusque dans l’au-delà du spectral grâce au térahertz de Teradar ; le robotaxi Waymo qui multiplie les courses tout en cultivant le mystère arithmétique de ses propres performances. Même la rationalisation des outils d’intelligence artificielle dans les entreprises ne traduit rien d’autre qu’une vieille angoisse : réduire le bruit, effacer le risque, rassurer les actionnaires. La tech n’avance que pour mieux masquer l’incertitude qu’elle génère à chaque cercle nouveau.
Car malgré les promesses de la fusion nucléaire ou de la mobilité électrique, l’arrière-cuisine techno est semée de faillites, de greenwashing essoufflé et de rêves surendettés (n’est-ce pas, Rad Power Bikes?). Finalement, qui racontera demain l’histoire du progrès ? Un investisseur ressuscité par un avatar, un smartphone pisté au nom du bien commun, ou le fantôme d’une créativité bridée par la peur du procès et le diktat de la rentabilité ? À chacun de choisir son illusion, jusqu’à la prochaine panne généralisée.



