Delivery, disruption et digestion : quand la technologie pique là où ça ne devrait pas

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Delivery, disruption et digestion : quand la technologie pique là où ça ne devrait pas

À première vue, que pourraient bien avoir en commun une startup qui convertit les gaz résiduels en produits cosmétiques, un laser XXL dopé par l’État américain, un smartphone terrifié par le logiciel espion d’un État et une sauce relevée façon spray au poivre livré via DoorDash ? Facile : l’innovation, que nous brandissons chaque matin comme la solution à tous nos maux, est en train de muter. Étourdis par la course à « qui sera le plus disruptif », nous voilà réduits à l’état de cobayes, parfois littéralement (testez donc la hot honey au piment aérosol sur un burger tiède !).

Cette frénésie se retrouve autant dans la néo-agriculture dopée à l’IA – où des prodiges de 18 ans remplacent, en plein burn-out pédagogique, les vieux chimistes par des algorithmes qui éditent des molécules comme on bricole une playlist Spotify – que dans la clean tech, où chaque startup prétend résoudre la crise écologique, pour peu que le déchet ait enfin un « potentiel ». La promesse ? À défaut d’ingénier le vivant pour sauver la planète, nous pourrions déjà ingénier nos propres angoisses numériques.

Mais attention, le progrès n’aime pas le terrain. Les lauréats du Startup Battlefield s’agitent, rêvant d’un monde où chaque problème se traitera par API, qu’il s’agisse de filtrer l’eau au coquillage recyclé ou d’offrir à notre surplus électrique une seconde vie boursicotée : cette économie circulaire n’est cependant qu’une boucle s’il n’y a personne pour investir, trier, soutenir ou même justifier d’un réel intérêt public. Pendant ce temps, chez les semi-conducteurs, on dégoupille la « révolution laser » avec le même appétit naïf qu’un enfant devant une nouvelle saveur de chips nano-quantique, tout en marchandant l’indépendance technologique avec l’oncle Sam.

Derrière chaque disruption, une société surprise par ce à quoi elle n’a jamais pensé… et qu’elle n’est souvent pas équipée pour digérer.

Dans ce contexte, le citoyen lambda – lui qui reçoit une alerte d’espionnage sur son mobile avant de recevoir sa notification DoorDash – oscille entre paranoïa, indifférence lassée et un zeste de résignation boulimique. Les défenseurs de la vie privée, tout comme les restaurateurs victimes d’un « seasoning » sauvage, n’ont d’autre choix que de guetter la prochaine attaque, technique, chimique ou simplement sociale. Même Google, qui résume chaque année notre inconscient collectif par la folie de ses tendances surprises (Oui, Gemini avant le Paris Saint-Germain, Charlie Kirk devant la hot honey), manifeste presque involontairement ce malaise : la technologie, c’est aussi ce qui nous échappe, qui nous façonne, et qui parfois, nous met littéralement le feu aux papilles.

Pour que nos sociétés évitent la route toute tracée vers une aliénation joyeusement algorithmique, il faudrait que l’innovation cesse de n’être qu’un terrain de jeu pour fonds spéculatifs et strat-up à pitch viral. À quand un progrès conçu pour — et avec — ceux qui devront croquer dedans, même si ça pique ? Puisque la surprise n’est pas dans la technologie, mais dans notre capacité à la voir nous transformer, pourquoi ne pas enfin s’y préparer collectivement, avant que la prochaine livraison ne soit, elle, vraiment indigeste ?

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