L’un pille la cassette du podcast vidéo, l’autre dynamite la découverte musicale, un troisième graille tous les crédits carbones sur son passage : non, ce n’est pas le synopsis d’un mauvais reboot d’Ocean’s Eleven, mais bien le feuilleton vrombissant de la tech 2026, tel que servi par Netflix, Spotify et alii. Qu’on l’admette : cette semaine, le numérique nous fait tourner en bourrique sur tous les fronts. Chaque géant y va de sa « grande bascule » : Netflix saute à pieds joints dans la vidéocastosphère pour rivaliser avec YouTube ; Spotify s’approprie l’arbre généalogique du sample en avalant WhoSampled ; pendant ce temps, l’open source de l’IA vire à la course au milliard, et le patchage de bugs devient une olympiade de parano numérique chez Apple et Google. Ni la planète ni les ados, surveillés jusque dans leurs faux dialogues avec des bots Meta, ne sont épargnés par cette grande lessive digitale.
Tout cela n’est qu’un immense remix : à l’heure où podcasts et plateformes s’auto-cannibalisent, où l’audio s’habille de vidéo et où la musique se vend en expériences interactives, le mot « contenu » devient une abstraction glissante. Laissons Netflix tenter de faire oublier, via le format podcast filmé, que l’écran n’est qu’un prétexte à capter notre veille cérébrale (voir ici). Côté Spotify, l’histoire musicale s’incarne désormais dans une fonctionnalité « SongDNA » : la créativité est-elle vraiment célébrée, ou formatée à la sauce suédoise ? Difficile de ne pas voir une tendance : de la vidéo à l’audio en passant par la donnée communautaire, tout s’aspire, tout se standardise, tout s’optimise. Même la bulle open source, à peine éclot, sent déjà le rachat survalorisé façon RadixArk ou Gradium, l’IA vocale qui berce la finance d’accents électroniques (ici).
Pendant que les majors industrielles investissent, s’agrègent, patentent et patchent jusqu’à ce que bug s’ensuive (Patch Attack), les promesses de régénération – même climatique – passent à la moulinette capitaliste : la finance verte indivise barterise ses dividendes en crédits carbone du côté de Varaha et Mirova, donnant bonne conscience à Google entre deux patchs de Chrome. L’ironie est mordante : l’innovation qui se rêve solidaire, verte ou communautaire est sans cesse phagocytée, verrouillée, scalée ; chaque promesse de diversité finit mastiquée dans le grand mixeur algorithmique industrie/marché, jusqu’à l’étouffement des esprits marginaux et des terroirs numériques.
Derrière la quête de nouveaux formats, la tech semble n’avoir qu’un seul mantra : tout capter, tout uniformiser, tout rentabiliser — sans jamais vraiment s’arrêter pour écouter.
Au fond, tout converge vers une obsession unique : contrôler l’attention, le récit, la conversation, même celles qui devraient échapper à la sphère marchande. Que cela concerne le podcast, l’origine d’un sample, la voix de votre assistant IA, ou la chambre d’adolescent surveillée par Meta, nulle parcelle d’autonomie n’est laissée tranquille. Les discours sur la « diversité », le « choix » ou la « soutenabilité » masquent à peine la guerre froide du contrôle socio-technique. Même la régénération du sol indien devient branding pour géants du luxe et du cloud.
Un détail frappe : dans ce carnaval du contrôle, les véritables marges d’autonomie sont de plus en plus ténues. Si tout est brique, patch, ou flux optimisé, qu’advient-il de la déviance créative, de la découverte désintéressée, de la lenteur fertile ? Espérons que dans l’ombre de ces jeux de pouvoir, quelques hackers, quelques paysans, quelques parents lucides, sauront préserver de petits interstices pour l’humain, l’improductif, et, qui sait, l’inattendu. “Patchons nos outils, surveillons les surveillants — mais laissons quand même un peu de place à l’imprévisible.”




