La technologie peut-elle enfin démystifier la chute de cheveux, un sujet aussi tabou que lucratif ? Lorsqu’un simple passage chez le coiffeur peut déclencher un sentiment d’urgence et pousser à l’achat de solutions parfois inutiles, à qui faire confiance face à la désinformation ambiante ? Est-il possible d’obtenir un diagnostic neutre et fiable, loin des recommandations intéressées du secteur ?
C’est à New York, dans un salon de coiffure, que Cyriac Lefort s’est vu suggérer l’achat d’un shampoing anti-chute après qu’on lui ait annoncé, sans détour, qu’il perdait ses cheveux. Mais à quoi tient vraiment l’expertise d’un coiffeur face à la peur, souvent irrationnelle, de la calvitie ? Lefort, entrepreneur chevronné, n’était pourtant pas convaincu d’être concerné et son médecin lui donnera raison par la suite. Ce moment d’inquiétude typique est-il représentatif d’un marché qui capitalise sur les angoisses des hommes et des femmes ?
À travers la création de MyHair AI, Lefort et son associé Tilen Babnik veulent rompre avec l’opacité du secteur. Leur application propose une analyse précise du cuir chevelu grâce à l’IA : l’utilisateur prend simplement une photo de sa tête, l’algorithme évalue la densité capillaire et signale les premiers signes de chute. Mais sommes-nous en train d’assister à l’arrivée d’un véritable “médecin virtuel” au service de nos cheveux ou d’un simple gadget de plus ?
La transparence et la validation scientifique sont-elles en passe de révolutionner le marché capillaire ?
MyHair AI va plus loin : la plateforme explique les mécanismes biologiques, propose des routines personnalisées, et met en garde contre d’éventuels effets secondaires ; une façon de “reconstruire” la relation au marché des cosmétiques via la connaissance et non la peur. Les avis sont vérifiés, les partenariats cliniques sont encouragés. Mais comment MyHair assure-t-il la fiabilité de ses recommandations et préserve-t-il vraiment l’objectivité de l’IA face à la pression économique ?
L’aventure entrepreneuriale s’est construite à une vitesse impressionnante : quelques semaines de codage “vibe”, des mois de validation clinique, et un lancement cet été. Il est frappant de constater que la version initiale a été développée sans aucune embauche extérieure, illustrant la rapidité avec laquelle l’IA accélère les cycles d’innovation startup. À l’heure où les prototypes sont accélérés par les outils d’IA, la vérification scientifique peut-elle suivre le rythme des promesses commerciales ?
Aujourd’hui, l’application compte déjà plus de 1 000 abonnés payants, 200 000 comptes utilisateurs, et 300 000 analyses réalisées, avec le renfort d’experts reconnus comme la dermatologue Dr Tess sur le board. Et l’expansion est clairement à l’ordre du jour : une plateforme de réservation, des partenariats cliniques internationaux, l’ambition de “sortir l’IA du labo” pour la mettre au service du quotidien. Mais face à des concurrents bien établis tels que Hims, MyHair AI se démarque-t-elle suffisamment par sa spécialisation technologique ?
Il reste toutefois une interrogation majeure : la technologie, même lorsqu’elle se veut objective, peut-elle vraiment rassurer face aux peurs ancestrales liées à l’apparence et à la perte de contrôle sur le temps qui passe ? Cette application inaugurera-t-elle une nouvelle ère de transparence dans les soins capillaires, ou les angoisses demeureront-elles, alimentées par d’autres biais ?
Source : Techcrunch




