Pourquoi Nvidia décide-t-elle soudainement de s’éloigner d’investissements supplémentaires dans OpenAI et Anthropic, alors même que ces géants de l’IA s’apprêtent à entrer en bourse et que l’industrie ne parle que d’intelligence artificielle générative ? Les récents propos de Jensen Huang, dirigeant de Nvidia, lors de la conférence Tech, Media and Telecom de Morgan Stanley à San Francisco, soulèvent plusieurs interrogations sur les raisons profondes de ce retrait stratégique. Est-ce une simple question de chronologie, ou d’autres motifs, moins visibles, sont-ils en jeu ?
On constate que, pour Nvidia, l’intérêt financier immédiat de miser davantage sur OpenAI ou Anthropic paraît limité. La société tire déjà des bénéfices colossaux de la vente de ses puces à ces entreprises qui alimentent l’essor de l’IA mondiale. Alors pourquoi s’impliquer encore plus, au risque de se retrouver dans des deals circulaires, où les milliards investis ne font que tourner en rond ? N’est-ce pas ce que dénonçait récemment Michael Cusumano, professeur au MIT, en qualifiant d’« un peu un jeu d’écriture » les montants mirobolants annoncés entre Nvidia et OpenAI ? Peut-on vraiment parler d’investissements traditionnels dans ce contexte ?
La prudence de Nvidia pourrait aussi s’expliquer par la crainte d’une bulle, à force de deals d’apparence trop imbriquée. Rappelons que le montant final engagé par Nvidia dans OpenAI, la semaine passée, ne représente qu’une fraction ($30 milliards sur les $100 milliards initialement évoqués) de l’investissement annoncé à l’origine. N’y a-t-il pas là une tentative d’éviter l’éclatement d’une possible bulle spéculative ? À moins que la crispation ne soit aussi d’ordre politique ou éthique, à l’image des tensions récentes entre Nvidia et Anthropic, exacerbées après des déclarations comparant le commerce de puces à du trafic d’armes ?
Nvidia se retrouve maintenant impliquée dans deux sociétés d’IA qui divergent autant sur l’éthique que sur le business, un équilibre de plus en plus difficile à tenir.
L’affaire s’envenime d’autant que, pendant qu’Anthropic se fait désigner comme risque pour la chaîne logistique par l’administration américaine, OpenAI en profite pour signer un accord d’envergure avec le Pentagone — un partenariat qu’Anthropic qualifie vertement de mensonger. Comment interpréter ce ballet d’alliances et de rivalités dans la sphère technologique la plus explosive du moment ? Peut-on encore parler de stratégie industrielle, ou ne s’agit-il plus que d’une bataille d’image devant les partenaires et l’administration américaine ?
Face à cela, Nvidia paraît prise au piège de ces deux univers antagonistes. D’un côté, elle doit gérer des investissements, certes jugés stratégiques, mais qui aujourd’hui deviennent politiquement sensibles, voire risqués. D’un autre côté, la fenêtre de l’introduction en bourse de ses partenaires vient fermer la porte à de nouveaux placements. Pourtant, est-ce la vraie raison du retrait ? Les investisseurs de la Silicon Valley, habitués aux deals jusqu’à la dernière minute avant l’IPO, pourraient en douter. Nvidia aurait-elle compris qu’elle devait vite sortir de cette zone de turbulences ?
En définitive, à mesure que les modèles économiques et la géopolitique s’entrecroisent, Nvidia se retrouve-t-elle simplement face à une situation devenue impossible à maîtriser ? Ou bien s’agit-il d’une habile manœuvre pour repositionner son influence à l’écart d’un secteur devenu imprévisible, voire incontrôlable ?
Alors que tout le monde scrute chaque mouvement de ces titans de l’IA et de leurs actionnaires, Nvidia prend-elle ses distances pour anticiper un séisme, ou pour éviter d’être prise dans une tempête qu’elle voit venir avant les autres ?
Source : Techcrunch




