Comment une simple série de Post-it peut-elle déclencher un mouvement vers l’innovation dans le secteur de l’énergie domestique ? C’est en voyant sa fille placarder la maison de petits rappels écologiques que Selina Tobaccowala, entrepreneuse aguerrie du secteur tech, s’est posé la question fondamentale : n’existe-t-il rien de mieux que d’éteindre les lumières pour agir sur sa facture – et la planète ?
Face à son manque d’expertise en science du climat comme en ingénierie, par où commencer ? Aurait-elle l’intuition suffisante pour transformer une prise de conscience ordinaire en un véritable projet technologique ? Plutôt que d’improviser, Tobaccowala s’appuie sur son arme secrète : les sondages d’opinion, qu’elle connaît sur le bout des doigts depuis son passage à la tête de SurveyMonkey. Résultat : des dizaines, voire des centaines, de questionnaires envoyés à des clients potentiels pour comprendre une question toute simple : pourquoi est-il aussi difficile, en 2024, de réduire sa consommation énergétique à la maison ?
Le constat est frappant : l’éternel email comparatif – « vous payez plus que vos voisins » – tourne en boucle dans la boîte de réception des particuliers, mais sans guide ni solution concrète. Et c’est là que HomeBoost entre en jeu. Cette startup, cofondée par Tobaccowala, ambitionne de donner aux particuliers le pouvoir d’auditer leur propre logement, sans attendre le passage (souvent coûteux et insatisfaisant) d’un expert. Or, comment une simple « BoostBox » – contenant caméra infrarouge, lampe UV et application mobile – révolutionne-t-elle l’accès au diagnostic énergétique ?
En réinventant l’audit énergétique grâce au numérique, HomeBoost veut rendre chaque foyer acteur du changement – mais suffira-t-il d’une appli pour transformer un secteur dominé par les habitudes ?
La démarche proposée est-elle réellement efficace ? L’appareil scanne fuites d’air et ampoules énergivores, l’appli suggère des travaux prioritaires, calcule les économies et met même à jour les aides locales. Cela concurrence frontalement les offres des fournisseurs d’énergie, souvent taxées d’approximation et d’intentions commerciales dissimulées. HomeBoost promet un tarif imbattable (99 $ contre 400 $ pour un audit classique), et des partenariats avec des utilities comme Central Hudson ou Omaha Power qui subsidient largement le kit. Mais pour de nombreux foyers, l’obstacle reste le passage à l’acte : tout le monde aura-t-il envie de jouer les « experts DIY » ?
Pour séduire les plus réticents ou épauler les auditeurs traditionnels, HomeBoost propose même une version pro de son application, permettant de digitaliser les tournées des diagnostiqueurs. La technologie peut-elle alors servir d’accélérateur pour les professionnels, plutôt que de se poser comme leur concurrent direct ? De la même manière, la startup teste déjà de nouveaux relais de croissance, comme la mise en relation directe avec des artisans pour réaliser les travaux suggérés. Qui gagne au changement : le consommateur, le climat ou la filière du bâtiment ?
À l’heure où la sobriété énergétique devient un nouveau terrain d’innovation, la promesse HomeBoost intrigue autant qu’elle interroge. Jamais particuliers, entrepreneurs et énergéticiens n’ont semblé aussi alignés sur l’objectif de réduire la facture – et l’empreinte carbone – de chacun. Mais cette alliance inédite résistera-t-elle au conservatisme du marché, ou faut-il s’attendre à ce qu’elle ne reste qu’une expérimentation ?
Faut-il réinventer l’audit énergétique pour démocratiser la lutte contre le gaspillage, ou misons-nous trop sur la technologie pour résoudre une crise fondamentalement culturelle ?
Source : Techcrunch




