Le cirque endiablé de la tech ne connaît pas de répit : qu’il s’agisse d’un matelas algorithmique vous dictant comment dormir ou d’un documentaire mirobolant sur Melania distribué comme une OTP politique à 40 millions, tout finit dans l’arène d’une influence algorithmique où la frontière entre nécessité et farce s’efface. Ce qui hier relevait de la propagande de masse s’incarne aujourd’hui dans un storytelling algorithmique, où Amazon rivalise d’influence et Google d’assistants génératifs, abolissant toute notion de pause – y compris dans notre sommeil logiciel.
En quête de sens, la technologie s’invite désormais partout : dans la salle de cinéma – pour promouvoir une icône politique désavouée par la critique –, dans la chambre avec Eight Sleep qui promet un sommeil optimisé à coups d’IA intrusive, jusque dans le cerveau collectif des juristes, chez OpenAI, où Elon Musk lui-même devient apôtre d’éthique (le comble du paradoxe) (Musk ou Trêve ? Quand l’IA se Joue de la Loi). L’ambition est la même partout : façonner nos vies, réécrire nos nuits, modeler notre perception de soi et des autres, jusqu’à faire de l’optimisation personnelle un devoir cardinal.
Pendant que la Silicon Valley rivalise pour acheter l’opinion ou notre intimité nocturne, la complexité du langage technique étouffe tout débat public. Le jargon de l’IA devient un mur de sigles – LLMs, RLHF, distillation – qui permet d’avancer masqué, transformant la magie algorithmiquement crânée en un simulacre d’innovation qu’on vendra mieux grâce à quelques effets de mode (ou à grands renforts de dollars). Le pouvoir n’est plus seulement dans ce qui est dit, mais dans ce qui reste inexpliqué, jargon qui sert aussi à anesthésier l’esprit critique.
Quand chacun veut modeler vos rêves, vos souvenirs ou votre quotidien, la bataille n’est plus seulement celle de la technologie, mais de l’influence, du récit… et de la capacité à ne jamais laisser l’usager respirer autrement qu’en mode « smart ».
Voilà pourquoi Google Canvas, et ses fausses promesses de créativité démocratisée, n’est qu’un mirage de plus dans la tempête. Ce n’est pas seulement la fonction qui s’industrialise, c’est la capacité de la machine à automatiser l’ambition, à organiser en flux la moindre impulsion humaine et à la resservir, marketée, calibrée, digérée – tant pis pour l’empowerment. L’usager, de plus en plus, devient spectateur de sa propre dépossession cognitive, relégué au rang d’utilisateur-trace dans un gigantesque théâtre algorithmique.
Que reste-t-il face à cette automatopia ? Un choix presque existentialiste : courir sans cesse derrière la pseudo-optimisation technologique… ou réapprendre à dormir, penser et raconter notre histoire hors de leurs protocoles. Mais la vraie ironie, c’est que tout le monde, de Musk à Melania, veut vous faire croire qu’il détient la clé de votre émancipation numérique – une clé qui, bien souvent, ne déverrouille qu’une nouvelle dépendance.




