Le réseau électrique nord-américain va-t-il réussir à relever le défi de l’explosion de la demande énergétique sans sombrer dans la dépendance technologique envers la Chine ? Et quelle place peut occuper une startup comme Moment Energy dans cette course effrénée à la sécurité et à l’innovation ?
Basée à la fois au Canada et aux États-Unis, Moment Energy s’impose comme une figure montante de la transformation des batteries issues des véhicules électriques. Mais pourquoi cette entreprise attire-t-elle aujourd’hui plus de 100 millions de dollars de financements et l’attention d’investisseurs aussi variés qu’Amazon, la CIA via In-Q-Tel ou les géants de la distribution ? Selon son PDG Edward Chiang, c’est la combinaison entre sécurité, modularité et certification qui fait toute la différence. Mais dans un monde où la majorité du marché mondial du stockage énergétique est dominée par la Chine (72% selon BNEF), la question de la souveraineté industrielle se pose-t-elle à l’heure où l’électrification et la digitalisation battent leur plein ?
Moment Energy affirme avoir trouvé une formule gagnante : récupérer les batteries automotrices, les désosser de leur système de gestion d’origine, les recoder par un logiciel maison puis les regrouper dans des unités modulaires et UL certifiées. Comment réussir là où d’autres échouent, alors que la certification UL est réputée inaccessible pour les batteries de seconde vie ? Chiang martèle que la différence réside dans une rigueur quasi obsessionnelle, là où nombre de concurrents se contentent de simuler la conformité sans jamais obtenir la validation stricte des organismes de sécurité.
La bataille pour le stockage d’énergie ne se joue pas seulement sur le plan technologique, mais aussi sur celui de la confiance, de la sécurité et de la souveraineté.
Mais à quoi bon une certification, pourrait-on se demander ? Chiang explique qu’une homologation UL ne garantit pas simplement la sécurité physique des installations : elle conditionne aussi leur assurabilité et donc leur viabilité commerciale. Sans cette certification, les solutions de stockage alternatives se heurtent à des primes prohibitivement élevées, quand elles ne sont pas tout simplement inassurables. Cela explique sans doute la participation de Liberty Mutual—par son fonds d’investissement—au dernier tour de table.
Moment Energy critique également la tendance de certains concurrents à conserver le système de gestion du constructeur automobile, en « leurrant » la batterie pour la faire fonctionner hors de son environnement d’origine. Ce genre de bricolage, martèle Chiang, pourrait attirer tous les feux de la responsabilité légale en cas d’incendie : « Imaginez le scandale si un feu est déclenché par une batterie Nissan ou Tesla modifiée sans autorisation… »
Dans un contexte où tout le secteur court après la prochaine levée de fonds, Moment Energy mise sur une croissance réaliste, enracinée dans son ADN canadien. En multipliant les contrats – du data center aux services publics – et avec une usine texane en construction, la startup revendique le choix du pragmatisme face aux promesses parfois creuses de la Silicon Valley. Peut-on, en 2024, réussir sans se brûler les ailes face à la pression des investisseurs et des clients exigeants ?
Alors qu’une poignée d’acteurs cherchent à bouleverser les équilibres du stockage d’énergie, la question demeure : la priorité doit-elle être donnée à une course technologique effrénée, ou au développement d’un modèle sûr, certifié et responsable ?
Source : Techcrunch




