« Avec assez de lasers, on peut même couper la file d’attente du succès ! » Voilà le genre de blague qui résonne chez Inertia Enterprises, une start-up qui vient de lever la coquette somme de 450 millions de dollars. Leur mission ? Construire l’un des lasers les plus puissants du monde. Oui, vous avez bien lu, ils nourrissent l’ambition de créer un super-laser pas pour un film de science-fiction, mais pour poser la première pierre d’une centrale à fusion dont le chantier débuterait en 2030. Si, par hasard, votre grille-pain a de l’ambition, il est temps de le présenter à ces gens-là.
Cette levée de fonds – un vrai laser show financier – a été menée par Bessemer Venture Partners, avec le renfort de plusieurs investisseurs, dont GV et Modern Capital. Le trio fondateur mélange la science et le business comme une recette de cocktail audacieuse : Jeff Lawson, déjà à l’origine de Twilio, Annie Kritcher, capitaine des expériences laser du National Ignition Facility (NIF), et Mike Dunne, qui a dessiné des réacteurs de fusion entre deux cours à Stanford. Sherlock Holmes aurait du mal à démêler autant de curricula vibrants !
Revenons sur ce fameux NIF : c’est là-bas qu’on a vu surgir les premières réactions de fusion contrôlées ayant atteint le sacré Graal du « breakeven » – ce moment très attendu où la réaction produit plus d’énergie qu’elle n’en consomme. Mais ne sortez pas la bouteille de champagne tout de suite : pour que l’électricité de la fusion atteigne nos lampes de bureau, il reste du boulot. Pour Inertia, la mission consiste à créer un laser capable de balancer 10 kilojoules, et pas seulement une fois, mais bien dix fois par seconde. Autant dire qu’ils n’aiment pas la demi-mesure.
Le futur de l’énergie passera peut-être par la lumière, mais il faudra d’abord briller par l’ingéniosité.
Inertia joue la carte de la « fusion par confinement inertiel » – comprenez : on shoote un minuscule carburant au laser jusqu’à ce que les atomes fusionnent sous la pression. Délicat, mais prometteur ! Là où le NIF bombarde avec 192 lasers quelques précieux grains soigneusement fabriqués, Inertia rêve d’une chaîne industrielle avec 1 000 lasers, chacun visant des cibles de 4,5 mm vendues moins d’un dollar pièce. Si la science avance à coups de percées, ici, c’est l’approche industrielle qui fait la différence : produire beaucoup, produire vite, et si possible sans faire sauter le laboratoire.
Mais la fête de la fusion ne s’arrête pas là : c’est tout un secteur en ébullition ! En comptant Inertia, ce sont plus de 10 milliards de dollars qui ont dévalé sur les startups de la fusion ces derniers mois. À croire que la fusion attire plus d’investisseurs qu’un nouveau smartphone à la mode. Avalanche veut des mini-réacteurs, Type One Energy et Commonwealth Fusion raflent les millions à la pelle, et chaque levée transforme la course à la fusion en grand prix monétique. On ne manque pas de carburant, mais gare à la surchauffe médiatique…
Petit scoop en bonus : deux acteurs fusion-nés vont même entrer en bourse via des fusions inversées (rien que le mot fait rêver). General Fusion s’est alliée à Spring Valley III, tandis que TAE Technologies fusionne — ironie du destin — avec le groupe media de Donald Trump (oui, vous avez bien lu), le tout pour quelques milliards de dollars. On n’arrête plus la fusion, même dans les deals financiers !
Alors, entre espoirs industriels et jeux de lumière, la course à la fusion s’annonce électrisante… Reste à voir qui d’entre tous ces acteurs allumera vraiment la lumière au bout du tunnel – sans se faire un laser dans l’œil, bien sûr !
Source : Techcrunch




