« L’IA, c’est un peu comme les oreillers à mémoire de forme : tout le monde en parle, personne ne sait vraiment ce qu’il y a dedans. » Voilà une maxime qui pourrait résumer l’entretien ultra-attendu de Mira Murati, la CTO fantomatique d’OpenAI puis directrice (en chair, mais rarement en os devant les caméras) de Thinking Machines Lab. Jusqu’ici, peu d’apparitions, encore moins de déclarations fracassantes – autant dire que son passage chez Bloomberg, 18 mois après s’être planquée toute l’IAphère, avait le goût d’une révélation attendue. Mais attention, révélation… minimaliste : Murati manie la langue de bois aussi bien que l’optimisation algorithmique.
Si vous n’aviez pas entendu parler de Thinking Machines, c’est normal : pendant que les géants de la Silicon Valley font la course aux projecteurs, Murati et sa bande jouaient plutôt à cache-cache. Leurs activités ces derniers mois ? Lever des fonds, embaucher du cerveau musclé, et sortir un produit : Tinker. Pour les intimes, c’est une API de tuning pour modèles d’IA open source. Pour les autres, c’est surtout une manière de travailler discrètement, mais sûrement, pendant qu’OpenAI, Anthropic et xAI se battent à coups d’annonces et de chiffres mirobolants.
Mais rester sous le radar, ça a ses limites. Murati l’a bien compris et, armée de modestie contrôlée, elle est venue teaser chez Bloomberg ce que Thinking Machines appelle les « modèles d’interaction ». Le pitch ? Une IA qui ne répond plus bêtement à chaque prompt, mais qui saisit en quasi direct le flux continu de nos conversations, mimiques, hésitations comprises (on est tout de même loin du niveau télépathie). Ces modèles fonctionneraient avec des fenêtres d’écoute de 200 millisecondes, de quoi épouser la vraie texture humaine, interruptions et bafouilles incluses. Mais attention, le produit n’est pas prêt, pas de date, et tout reste à faire — teasing, quand tu nous tiens !
Tout ce qui brille dans l’IA n’est pas (forcément) du génie—parfois, c’est juste un bon coup de com’.
L’entretien n’a pas non plus évité le sujet qui a rendu Murati célèbre malgré elle : la semaine folle de novembre 2023 où OpenAI vire Sam Altman et où elle se retrouve propulsée CEO intérimaire. Selon Murati, elle a toujours agi pour protéger la mission et l’équipe, même si, de l’extérieur, tout ressemblait à un grand délire orchestré par le chaos. En mode Captain Obvious, elle admet qu’avec le recul, elle aurait aimé avoir plus d’informations… et un plan de transition. Quant à savoir si elle pense que tout s’est bien fini, on gardera le suspense.
Interrogée sur sa confiance envers ses anciens collègues ou sur la concentration de pouvoirs dans trop peu de mains (coucou OpenAI et compagnie), Murati navigue habilement : pour elle, le problème, ce n’est pas tant la personnalité des boss que l’absence de vrai garde-fou. “De bons génies peuvent faire de mauvais choix” – message glissé subtilement, qui montre que trop compter sur les super-héros de la tech, ce n’est peut-être pas la meilleure des stratégies. Même refrain à propos des départs récents chez Thinking Machines : c’est volatile, c’est normal, et non, elle ne se lève pas le matin pour “tuer la concurrence” (promis juré, seulement pour faire bosser plus vite les algos).
Enfin, l’inévitable grande question : et l’avenir de l’IA ? Entre peur d’une IA qui pique tous les jobs et angoisses dignes d’un James Bond (l’IA qui crée des armes chimiques, merci la dystopie), Murati reste calme et lucide : ni apocalypse, ni panacée — c’est maintenant que ça se joue. Mais elle prévient : si on lâche le volant trop vite, attention à la sortie de route.
En conclusion, Murati reste une chef d’orchestre qui distribue beaucoup de silences… et quelques notes d’espoir. Entre prudence, suspense et une pincée d’humour, elle rappelle que l’IA c’est comme le jazz : tout est dans l’impro—et parfois, ça bug !
Source : Techcrunch




