Faut-il revoir à la baisse nos attentes quant à l’incroyable ascension de SpaceX et de son projet Starlink ? Alors que le monde s’attendait à une révolution portée par l’intelligence artificielle, la colonisation lunaire et des profits hors normes, les derniers chiffres du géant de l’espace laissent entrevoir une dualité plus pragmatique et moins glamour. L’entrée en bourse de SpaceX et le test récent du vaisseau Starship sèment-ils le doute sur la viabilité des ambitions d’Elon Musk ?
SpaceX, souvent comparée à une pieuvre aux multiples bras, repose aujourd’hui principalement sur l’un d’eux : Starlink. Ce réseau de satellites génère à lui seul 11,4 milliards de dollars de chiffre d’affaires annuel. Mais quels sacrifices fallut-il concéder pour conserver cette avance technologique ? Submergée sous les investissements massifs à répétition, l’entreprise doit remplacer un cinquième de ses satellites chaque année, un véritable marathon financier qui rappelle pourquoi tant d’entrepreneurs ont hésité à s’y risquer auparavant.
Les documents déposés à la Securities and Exchange Commission révèlent un modèle économique où la maîtrise des coûts futurs repose sur des améliorations techniques. Mais ces promesses tiendront-elles face à la réalité ? La clé, selon Musk lui-même, se trouve dans la réutilisabilité du Starship. Pourtant, l’entreprise avoue désormais qu’une fusée entièrement réutilisable n’est pas nécessaire pour lancer la nouvelle génération de satellites. Une demi-mesure ? Un aveu d’échec implicite ?
Derrière le rêve d’Elon Musk, les contraintes industrielles risquent de remettre en question tout le modèle économique de SpaceX.
Le dernier vol d’essai du nouveau Starship n’a pas vraiment rassuré : des problèmes de rallumage des moteurs Raptor compliquent la récupération et donc la réutilisation des lanceurs. Même si le test a permis de larguer des satellites fictifs et des véhicules de test dans l’espace, le doute s’installe sur la capacité réelle de Starship à faire baisser les coûts. L’analyste du marché satellitaire Tim Farrar estime même que, sans réutilisation totale, le coût du lancement pourrait grimper à 100 millions de dollars par vol, réduisant à néant l’avantage compétitif sur le Falcon 9.
SpaceX promet qu’elle pourra prochainement lancer 60 satellites à la fois, soit vingt fois plus que le Falcon 9. Mais cette prouesse technique s’accompagnera-t-elle d’un modèle économique rentable ? Si ces premiers lancements se font au prix d’une fusée sacrifiée à chaque vol, où sont les économies miracles souvent invoquées par Musk ? Cela freinerait la rentabilité et annulerait les espoirs de centres de données spatiaux low-costs.
Un autre problème s’invite : la croissance de Starlink ralentit alors même que l’entreprise n’a qu’un peu plus de 10 millions d’abonnés, loin des marchés massifs espérés. Ce plafonnement inquiète d’autant plus que l’ARPU (revenu moyen par client) est en chute libre, passant de 99 $ à 66 $ en deux ans, poussé par l’entrée sur de nouveaux marchés moins lucratifs. Comment attirer massivement des clients alors que le service n’est pas compétitif face à la fibre optique classique ?
L’arrivée progressive de concurrents sérieux, comme le réseau LEO d’Amazon, pèse aussi sur les perspectives de SpaceX. Si même l’acteur le plus avancé du marché voit la demande décliner, ne faut-il pas craindre que l’eldorado du haut-débit depuis l’espace soit seulement un mirage ? SpaceX court-elle vers une impasse technologique et commerciale ?
Source : Techcrunch




