Les entreprises du climat sont-elles prêtes à séduire la Bourse ? Jusqu’où les marchés publics peuvent-ils réellement miser sur une technologie coûteuse, incertaine, et souvent jugée pionnière, alors même que son principal atout – la lutte contre la pollution – peine à se faire correctement valoriser ? Pourquoi les investisseurs, d’ordinaire si frileux, semblent-ils soudain prêts à embrasser cette nouvelle vague écologique ?
Cet engouement est-il sincère et généralisé ? Si l’on regarde de près les dernières actualités, ce sont pourtant bien certaines jeunes pousses de la tech climatique qui font la une : la start-up nucléaire X-energy, qui vient de lever près d’1 milliard de dollars en entrant en Bourse, ou Fervo, spécialisée dans la géothermie, désormais à deux doigts de suivre le même chemin. Un hasard ou le signe d’un changement profond dans la perception du risque climatique par Wall Street ?
Comment expliquer un tel retournement de situation ? Faut-il remercier l’appétit vorace des datacenters, dopés par la vague de l’intelligence artificielle et une demande en électricité galopante ? Les investisseurs eux-mêmes l’avaient annoncé fin 2025 : le moment semblait venu pour l’énergie nucléaire et la géothermie d’entrer dans la cour des grands – comprenez, celle des introductions en Bourse réussies. Pourquoi maintenant ? Est-ce l’effet conjugué d’une préparation technologique mûre et d’un récit médiatique devenu vendeur ?
La vague des IPOs climatiques pourrait bien laisser sur le carreau toute une frange du secteur, dessinant une trajectoire en K de plus en plus marquée.
Un tel enthousiasme, est-il du seul ressort des actionnaires souhaitant enfin liquider leurs placements après des années d’attente ? Pas vraiment. Si Fervo et X-energy choisissent la voie classique de l’IPO, ce n’est pas par défaut : il s’agit aussi de miser sur une base d’investisseurs élargie et impliquée. D’ailleurs, si l’unique but était de déverrouiller les capitaux, ne seraient-ils pas passés par l’option – plus rapide – du SPAC ? Plusieurs autres les y ont précédés… Alors pourquoi choisir la difficulté ?
Mais faut-il croire que la fête sera pour tout le monde ? De nombreuses entreprises climat, étrangères au marché de l’énergie, restent coincées hors de cette fenêtre béante vers les liquidités publiques. Sans l’accès aux fonds massifs des marchés, comment survivre ? Le secteur se divise ainsi entre élus et laissés-pour-compte, reflétant de plus en plus une “courbe en K” : certains montent, d’autres plafonnent.
Peut-on pour autant compter sur le private equity pour compenser ? Le constat est nuancé : si la collecte totale des fonds de capital-risque reste stable à 6,5 milliards de dollars en 2023, la multiplication des véhicules d’investissement signifie que chaque enveloppe diminue. Une conséquence directe pour les start-up : la concurrence s’accroît, mais les tickets, eux, rapetissent.
Dans le même temps, les plus gros fonds de la tech climat deviennent, eux, encore plus massifs, concentrant 75 % de la collecte sur 42 fonds seulement, avec une prédominance pour l’infrastructure, les renouvelables, les technologies réseau – et bien sûr, le stockage de l’énergie. La logique de la sélection par la maturité technologique s’accentue. Le climat-tech, pour les années à venir, sera-t-il vraiment un terrain ouvert à tous – ou seulement à une poignée d’acteurs prêts à construire « big » ?
Alors, cette percée boursière de la techno-climat doit-elle être vue comme une tendance durable, accessible à toute l’industrie – ou bien s’agit-il d’une bulle, portée uniquement par la soif énergétique et la mode de l’intelligence artificielle ? La “K-shape” du climat-tech est-elle inévitable ?
Source : Techcrunch




