Copycats, gazouillis et cyber-bananes : bienvenue dans la technologie doudou (sous perfusion IA)

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Copycats, gazouillis et cyber-bananes : bienvenue dans la technologie doudou (sous perfusion IA)

Technosphère, mon amour : voici venue l’ère où la copie est reine, où l’oiseau est espionné en 4K et où l’eau, autrefois synonyme de pureté, devient le terrain de jeu favori des hackers. Si Mark Zuckerberg multiplie les clones d’apps chez Meta comme autant d’avatars d’un Facebook éternellement insatisfait, Google répond à coups de bananes génératives pour empoisonner la créativité au rythme effréné de sa Nano Banana 2 Lite. Sur ces ruines d’originalité, Netflix, jamais à court d’idées pour recycler la fatigue digitale, transforme nos moindres temps morts en fast-food du clip vidéo, tandis que la startup Instinct ambitionne de gérer jusqu’à notre dernier rendez-vous chez le dentiste… à condition qu’on veuille bien lui offrir la clé de nos placards numériques par pure commodité (ou résignation).

L’idée de “confort augmenté” irrigue aujourd’hui tous les canaux, depuis la mangeoire connectée qui fait de vous l’ornithologue 3.0 jusqu’au paiement sans contact enfin accepté par Walmart – non plus pour dominer mais pour ne pas finir relégué à l’âge de pierre de la caisse, la faute à une guerre du “tap” définitivement perdue. Chacun veut “être là où sont les usages”, tout en érigeant sans cesse de nouveaux portails, tour à tour clos et ouverts, pour mieux drainer l’attention ou la fidélité, indifféremment. Ironie du progrès : plus l’écosystème promet de choix, plus chaque innovation sonne comme une variation sur le même mantra – « restez chez nous, nous ferons le reste ».

Mais cet horizon radieux – scrolls infinis, assistants omnipotents, posts et pubs générées à la microseconde – laisse entrevoir le revers cuisant de cette même médaille. À force d’automatiser l’ordinaire et d’accélérer le divertissement, tant Meta que Google engendrent un vertige d’uniformisation. Comment s’en étonner, quand même la mangeoire à oiseaux finit monitorée, quantifiée, likée et – qui sait – bientôt monétisée par un algorithme friand de graines de “data” ? Et lorsque la technologie ne se contente plus d’enjoliver nos paresses mais prétend filtrer notre eau, surveiller notre frigo et guider nos moindres choix, elle donne aussi des armes redoutables aux saboteurs : les attaques polonaises contre les stations d’eau nous rappellent à quel point la digitalisation du banal expose nos vies à une fragilité inédite.

Entre copies d’apps, IA omniprésente et réseaux ultra-connectés, l’innovation semble s’accélérer… tandis que notre liberté et notre sécurité ralentissent dangereusement.

Le cercle technologique se referme : les big techs, dopées à l’IA, produisent à la chaîne des services interchangeables, misant davantage sur la quantité (bananes, apps, clips, assistants) que sur la qualité ou la déontologie. Et si l’on ose résister (comme Walmart), on finit par plier, faute de combattants, devant la demande d’usage immédiat et l’uniformisation globale. Mais y a-t-il vraiment de la place pour l’humanité – ou même pour un soupçon de nature sauvage – dans un écosystème marchand où plus aucune graine ne tombe de la main à l’oiseau sans être comptabilisée, trackée, voire hackée ?

Paradoxalement, alors que nous rêvions d’un monde plus fluide, interopérable et “jusqu’au-boutiste” dans l’expérience utilisateur, nous avançons à (très) grands pas vers une société du contrôle permanent, où la frontière entre le service et la surveillance s’amenuise chaque jour sous les plumes du progrès. Il sera bientôt temps de se demander : sommes-nous des usagers flamboyants ou des cobayes bien nourris ? Et si, finalement, la vraie rupture n’était pas de bâtir la prochaine app à la mode, mais de cultiver l’art salutaire de la décroissance numérique… en mode avion ?

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