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Faut-il attendre que les géants de la tech redistribuent leur richesse, ou l’État devra-t-il intervenir ?

À qui reviendra la fortune colossale générée en ce moment par l’intelligence artificielle ? Difficile d’ignorer la concentration record de richesses autour des géants de la tech, alors que Neil Rimer, cofondateur du fonds Index Ventures, pose la question brûlante d’une redistribution à venir. Mais devons-nous attendre que les milliardaires prennent l’initiative, ou serons-nous confrontés à des mesures imposées par l’État ?

Rimer, pourtant acteur clé du système, semble inquiet de la tournure des événements. Peu adepte du bling, vivant désormais à Athènes et engagé dans diverses causes philanthropiques, il sait de quoi il parle : Index Ventures a engrangé des retours spectaculaires grâce à des investissements dans Figma ou Wiz, rapportant des milliards. Malgré cela, un fossé béant se creuse entre la création de richesse explosive dans l’IA et les engagements concrets en faveur de la société.

La grande promesse du Giving Pledge—engager philanthropes et milliardaires à donner la moitié de leur fortune—semble désormais bien lointaine. Les nouveaux riches du secteur tech, comme les employés d’Anthropic ou d’OpenAI, privilégient investissement privé ou création de start-up plutôt que charité organisée. Les chiffres parlent d’eux-mêmes : le nombre de foyers américains pratiquant le don s’effondre, même chez les plus aisés. Cette réticence au don volontaire, simple reflet d’un changement générationnel ou nouveau symptôme d’une élite déconnectée ?

La redistribution des richesses technologiques se fera-t-elle dans la douleur ou l’anticipation ?

Face à ce trou philanthropique, les réponses politiques émergent. La Californie pourrait instaurer une taxe exceptionnelle sur la fortune, poussant déjà certains comme Sergey Brin ou Larry Page à déménager vers la Floride. OpenAI, pour sa part, envisagerait de céder 5% de ses parts à l’État fédéral sous couvert de partage de la richesse, ce que beaucoup voient plutôt comme une assurance politique. Ce climat de tension n’est pas sans rappeler les débats de la Belle Époque… ou ceux du New Deal, lorsque la redistribution fut imposée à coup de quotas fiscaux pour éviter l’explosion sociale.

Plus frappant encore, la concentration du sommet de la pyramide : aujourd’hui, 19 ménages américains détiennent l’équivalent de 14% du PIB — bien plus qu’au temps des barons du Gilded Age. L’essor de nouveaux milliardaires issus de l’IA ne fait qu’accentuer ce déséquilibre ; une fois Anthropic et OpenAI cotées, leurs salariés pourraient acheter près d’un tiers des logements de San Francisco.

L’histoire regorge d’exemples où, à défaut de générosité spontanée, l’État a repris la main. La fameuse « Gospel of Wealth » d’Andrew Carnegie posait les bases d’une philanthropie moderne, vite rattrapée dans les années 1930 par des politiques coercitives justifiées par la montée d’un « Share Our Wealth » populaire. Les leçons du passé sont-elles devenues inaudibles pour la nouvelle classe dirigeante de la tech ?

Ce que regrette Rimer, ce n’est pas seulement l’écart entre le discours et la réalité, mais aussi une perte du « centre moral » de la Silicon Valley : là où Apple était jadis vu comme un progrès pour la société, ses propres enfants voient aujourd’hui certains groupes tech comme les nouveaux cigarettiers ou marchands d’armes. Que faudra-t-il pour que la nouvelle élite technologique accepte une forme d’héritage collectif au lieu d’attendre que la redistribution s’impose à eux, dans la douleur ?

Source : Techcrunch

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