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Wikipédia doit-elle bannir Archive.today pour protéger l’intégrité de ses sources ?

Pourquoi la célèbre encyclopédie Wikipédia décide-t-elle soudainement de tourner le dos à l’un des outils préférés de ses milliers de contributeurs ? Que s’est-il vraiment passé avec Archive.today pour que plus de 695 000 liens soient en passe d’être effacés du site ? L’annonce du bannissement de ce service d’archivage, disséminée au détour d’une simple discussion communautaire, cache-t-elle une histoire bien plus trouble ?

Archive.today, aussi connu sous les noms archive.is ou archive.ph, incarnait jusqu’ici une solution idéale pour conserver trace de contenus éphémères ou enfermés derrière des paywalls. De quoi permettre à Wikipédia de sourcer des articles parfois inaccessibles autrement. Mais cette pratique était-elle vraiment sans danger ? La fiabilité des archives a longtemps semblé acquise… jusqu’à ce que tout bascule.

En scrutant la page de concertation de la communauté Wikipédia, on tombe sur une phrase sans appel : le consensus est d’« ajouter immédiatement Archive.today à la liste noire du spam » et de « supprimer au plus vite tous les liens ». Pourquoi ce revirement, alors que le service avait déjà été blacklisté en 2013, puis réhabilité en 2016 ? Faut-il se méfier des sites d’archivage alternatifs, dont l’indépendance est souvent vantée, mais jamais totalement vérifiable ?

La neutralité des archives en ligne, pilier de la transparence, est maintenant remise en cause.

En cause, deux accusations explosives : Archive.today aurait utilisé ses visiteurs comme pions involontaires pour orchestrer une attaque DDoS contre un blogueur, et surtout, les contenus archivés pourraient avoir été modifiés par l’opérateur lui-même. Peut-on accepter qu’un site d’archivage, censé figer l’histoire numérique, manipule en douce ses propres archives ? La confiance dans ces outils, souvent tenus par des inconnus, n’est-elle qu’illusion ?

Derrière ce scandale, une figure mystérieuse : le blogueur Jani Patokallio, cible d’une attaque dont il n’a compris les tenants et aboutissants qu’après avoir reçu, selon lui, scripts malveillants via la page CAPTCHA du site. Pire encore, il affirme avoir subi des tentatives d’intimidation et des menaces suite à un article d’enquête sur l’anonymat de l’exploitant d’Archive.today – potentiellement un « génie russe », selon ses propres mots, mais dont l’identité reste insaisissable.

Ce n’est pas tout. Wikipedia pointe des archives manifestement modifiées pour y inclure, de façon douteuse, le nom de Patokallio. Peut-on encore utiliser sereinement des archives dont l’intégrité est remise en cause ? Face à ces dérives, la nouvelle consigne est claire : préférer le recours à la fameuse Wayback Machine ou aux sources originales, adieu Archive.today.

Dans son propre blog, l’administrateur du site explique que l’intérêt du service tenait moins à l’accès gratuit aux contenus payants qu’à la gestion des questions de droits d’auteur pour Wikipédia. Mais l’affaire ne s’arrête pas là : alors qu’il promettait de stopper son offensif « DDoS » et interpellait sur un ton provocateur les médias, ce sont désormais des milliers de pages qui basculent dans l’oubli numérique.

Face à la facilité technique de manipuler des archives, à l’opacité sur les intentions de certains sites et à la rapidité des décisions collectives, Wikipédia doit-elle revoir l’ensemble de ses méthodes de citations et le choix de ses partenaires pour conserver sa crédibilité ?

Source : Techcrunch

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