Comment se fait-il qu’une nouvelle génération de logiciels espions gouvernementaux continue de proliférer, malgré les scandales précédents et les réglementations croissantes ? Cette question se pose avec acuité suite à la publication par l’Osservatorio Nessuno, une organisation italienne de défense des droits numériques, d’un rapport sur Morpheus, un nouveau spyware découvert dans la nature prêt à être utilisé sous prétexte d’une simple mise à jour Android.
L’enquête révèle que Morpheus se dissimule habilement sous l’apparence d’une application officielle d’actualisation du téléphone. Mais quelles sont réellement les implications d’un tel camouflage, quand l’utilisateur lui-même est piégé à installer l’outil d’espionnage, croyant recouvrer la connexion mobile bloquée ? Les chercheurs pointent du doigt un marché où la demande institutionnelle d’outils d’espionnage surpasse de loin l’attention du grand public, alimentant ainsi un écosystème d’entreprises opérant souvent dans l’ombre.
À qui profite ce marché discret mais florissant ? Tout semble indiquer qu’en l’occurrence, la société IPS, un acteur italien historique du marché de l’interception légale, serait à l’origine de Morpheus. Si le site d’IPS revendique des opérations dans plus de 20 pays et cite des liens avec la police italienne, la société elle-même est restée silencieuse face aux questions soulevées par TechCrunch. Les techniques utilisées, bien moins sophistiquées que les attaques dites « zero-click » des géants du secteur comme NSO Group, misent avant tout sur la manipulation psychologique de l’utilisateur.
La sophistication n’est parfois pas nécessaire lorsque la confiance ou la panique fait plier la vigilance de la cible.
Le schéma de Morpheus est simple et redoutable : un opérateur de téléphonie coupe la connexion, puis un faux SMS invite à installer une application permettant prétendument de rétablir le service. Or, une fois le logiciel implanté, il est capable d’utiliser les fonctions d’accessibilité Android pour surveiller, collecter et transmettre toutes sortes de données, jusqu’à la prise de contrôle d’applications clés comme WhatsApp. N’est-ce pas la preuve qu’un simple geste, un clic, peut suffire à sacrifier l’intégralité de notre vie privée numérique ?
Au cœur du code de Morpheus, les chercheurs ont retrouvé des indices évoquant son origine italienne, à travers des expressions et des clins d’œil culturels, perpétuant une « tradition » dans le secteur du malware transalpin. Mais derrière l’humour linguistique se cache une réalité inquiétante : Davide et Giulio, auteurs du rapport, relèvent que l’attaque viserait probablement des activistes politiques, illustrant une tendance grandissante dans la péninsule où la société civile devient la première cible de ces outils de surveillance.
Comment l’Italie est-elle devenue la plaque tournante de nouveaux producteurs de logiciels espions après la chute de Hacking Team, pionnier du secteur tombé en disgrâce ? Les noms de sociétés telles que CY4GATE, eSurv, GR Sistemi, Movia, Negg, Raxir, RCS Lab ou plus récemment SIO, viennent s’ajouter à la liste noire, preuve que ce business continue de s’étendre, malgré les révélations à répétition et les mises en garde des organismes internationaux.
Dernièrement encore, WhatsApp alertait plus de 200 utilisateurs italiens ayant téléchargé une version piégée de l’application, révélant que les campagnes d’espionnage menées par ces entreprises s’adaptent, se perfectionnent et se banalisent. Les affaires de dysfonctionnements graves relevés par la justice italienne sur les outils CY4GATE et SIO n’ont manifestement pas tari l’essor de ce marché. La menace pèse donc, permanente, sur la frontière entre sécurité nationale et droits individuels.
Face à cette course à l’armement numérique, jusqu’où ira la tolérance des gouvernements et la résilience des sociétés face à la tentation de la surveillance généralisée, quel qu’en soit le prix ?
Source : Techcrunch




