« Si tu crois qu’avoir un célèbre père t’ouvre toutes les portes, essaye donc d’entrer dans la biotech sans recette miracle… » Voilà ce qu’on imagine Reed Jobs marmonner, sourire en coin, derrière son MacBook (car oui, il était bien sur un Mac lors de son entretien — la pomme ne tombe jamais loin de l’arbre, non ?). Fils de Steve, Reed préfère parler ADN que généalogie, et surtout raconter l’aventure Yosemite : son fonds de capital-risque qui rêve en grand contre le cancer, à coups d’innovation, de philanthropie, et d’un peu d’intelligence artificielle sur le dessus.
Créée en 2023, Yosemite ne veut pas simplement investir dans la biotech classique ; Reed et son équipe préfèrent carrément créer de toutes pièces des entreprises pour chasser la maladie. Azalea, née dans le laboratoire de la star Nobel Jennifer Doudna, et Quarry, fondée sur la biotechnologie « induced proximity » avec Craig Crews, sont autant d’enfants prodiges sortis tout droit des flacons du fonds. Et la recette semble fonctionner : Reed Jobs affirme que l’accélération de l’IA dans la découverte de médicaments et la conduite des essais cliniques propulse Yosemite dans une nouvelle dimension.
La ruée actuelle n’est pas que technologique : on assiste à une frénésie d’achats du côté des géants pharmaceutiques, pressés d’innover face à la tombée en masse de brevets. Pendant que le secteur pharma fait chauffer la machine à chèques (coucou Eli Lilly et son rachat à 7 milliards), Yosemite, lui, table toujours sur l’alliance du bon vieux laboratoire universitaire et du capital-risque allégé — un tiers du fond « maison », le reste dans des boîtes issues d’ailleurs. Plutôt que de partir à la chasse aux traitements miracles dans le pipeline pharmaceutique, Reed préfère faire éclore les idées fragiles, encore au chaud dans les campus de Yale, Berkeley ou Stanford, à coup de subventions et d’une philosophie : zéro condition, tout pour la science.
Yosemite veut plus jouer une partie d’échecs sur le futur du médicament que courir les soldes de molécules déjà dépassées.
Mais l’aventure n’est pas sans fausse note : deux sociétés du portefeuille ont déjà mordu la poussière scientifiques. « Normal ! » répond Reed, la recherche, c’est accepter de tomber sur une éprouvette vide de temps à autre. Ce qui n’empêche pas Yosemite d’avoir près de 25 entreprises en chantier, dont certaines misent sur des stratégies quasi-sci-fi pour s’attaquer à des cibles comme le mythique gène p53 (le talon d’Achille de nombreux cancers), ou encore de miser sur la silence épigénétique pour vaincre l’hépatite B et, pourquoi pas, le vieillissement cellulaire.
L’IA, star malgré elle, attrape le projecteur. Là où le secteur médical s’accroche à ses fax et disquettes — sérieusement, la vraie révolution va-t-elle venir des hôpitaux américains restés bloqués en 1997 ? — Reed parie sur l’IA pour tout, de la conception des molécules aux tests cliniques… jusqu’à inventer des bras contrôles « synthétiques » moins coûteux et plus rapides. Optimisme prudent toutefois : l’IA débarrasse surtout les chercheurs des corvées lentes, mais n’a pas encore remplacé la magie lourde de la recherche fondamentale.
Au passage, Reed laisse entendre que la « storytelling touch » vaut de l’or même en biotech. Un produit innovant, c’est bien, mais sans une histoire qui claque, c’est souvent la case Poubelle. Bonne nouvelle : chez Yosemite, Nobel ou simple stagiaire, tout le monde a sa chance — tant que l’idée a du potentiel contre le cancer.
Finalement, trois ans après leur lancement, Reed et Yosemite surfent à la frontière de l’espoir et de la prudence, là où les gènes mythiques naguère inaccessibles (KRAS, Myc, p53…) redeviennent abordables, et où la médecine avance à la vitesse granulaire d’une impression 3D bien optimisée. Quant à la longévité ? Reed s’en amuse : « On n’a toujours pas trouvé la recette miracle… sauf peut-être celle du café au petit-déjeuner. » Preuve que, dans la biotech, on peut viser la lune tout en gardant les pieds sur Terre (et les blagues en réserve) !
Source : Techcrunch




