« Ce n’est pas parce qu’on appelle en inconnu qu’on n’a rien à cacher. » Chez Truecaller, on a décidé de faire sonner l’alarme… et pas en silence, cette fois ! Le célèbre service de reconnaissance d’appels s’est lancé dans un véritable bras de fer numérique avec le régulateur indien des télécoms, la TRAI, autour d’une question brûlante : protéger les utilisateurs, oui, mais pas en leur laissant croire que tous les numéros sont suspects ou, pire, en coupant la sonnerie aux principes de base.
Tout a commencé quand Rishit Jhunjhunwala, le CEO de Truecaller, a sorti son plus grand appareil : X (le réseau social, pas un smartphone géant). Il a accusé publiquement la TRAI de mettre des bâtons dans les roues aux applications comme la sienne. L’organe officiel limite en effet l’affichage des informations de spam sur les fameux numéros des séries 1400 et 1600, des plages réservées aux entreprises pour les appels commerciaux et transactionnels. En théorie, ces numéros devaient inspirer confiance. Dans la réalité… c’est un peu l’inverse !
Pour rappel historique – à dire sur fond de musique épique – les autorités indiennes ont créé ce système pour tenter de stopper la gigantesque vague de spam et d’appels frauduleux qui déferle sur l’Inde, l’un des plus gros marchés télécoms au monde. Mais c’était sans compter sur un léger détail : à force de vouloir protéger, on finit parfois par tout verrouiller, et c’est la confiance des utilisateurs qui finit sous silence radio.
Les bonnes intentions peuvent parfois tourner… en mauvais signaux.
Et l’ironie, vous la voulez ? Les consommateurs, censés reconnaître au premier bip un appel légitime (merci la politique des numéros dédiés !), ne décrochent plus du tout. 81 % des appels en provenance de la série 1400 et 79 % de la 1600 sont tout simplement ignorés. Quant aux blocages manuels, ils grimpent en flèche : 74 millions d’appels bloqués et des actions de blocage contre la série 1600 qui triplent ! Mais Truecaller ne s’avoue pas battu et lance un contre-sort : un badge « souvent bloqué » pour attirer l’attention sur ces numéros… sans pouvoir véritablement les signaler comme spam. Un petit sticker pour défendre le consommateur, en somme.
En coulisses, la tension monte, et certains médias locaux rapportent même que la TRAI envisage d’obtenir les pleins pouvoirs pour sévir contre les applications qui oseraient afficher un signalement spam sur ces précieuses plages de numéros. L’histoire ne dit pas si les téléphones vibrent chez Truecaller et ses concurrents, mais les oreilles doivent siffler.
Ce débat n’arrive évidemment pas par hasard : Truecaller, installé comme le roi de l’identification d’appel (350 millions d’utilisateurs en Inde, belle perf’ !), sent le vent tourner. Entre la régulation qui serre la vis et de nouveaux concurrents qui appellent la porte, la diversification devient une question de survie. Comme une bonne vieille sonnerie polka pour rester dans la danse.
Le boss de Truecaller l’assure, il est prêt à partager ses datas avec les autorités, pour éclairer le débat avec de la vraie data (lumineuse idée, non ?). Car, au fond, il ne s’agit pas de mettre les applications dans la case courrier indésirable, mais bien de cibler les vrais fraudeurs, et de ne pas faire « d’appel manqué » à la justice… ou au bon sens.
Moralité : dans la jungle du téléphone, il ne faut pas confondre série numérotée et série noire. Protégés, oui. Sonneries bridées, jamais. Après tout, on n’a pas inventé l’identification d’appel pour que les bons acteurs raccrochent !
Source : Techcrunch




