« Sans liberté de blâmer, il n’est point d’éloge flatteur », disait Beaumarchais. Chez Sequoia Capital, on dirait plutôt : « Sans liberté de tweeter, il n’y a pas de partenaire qui fasse parler de lui ! »
Lundi dernier, lors de TechCrunch Disrupt 2025, l’ambiance était tellement électrique qu’on aurait presque cru que les VC allaient lever un fonds pour acheter Twitter. C’est Roelof Botha, managing partner chez Sequoia, qui a reçu la question que tout le monde attendait sur Shaun Maguire, autre associé du géant du capital-risque, après ses propos « légèrement » controversés sur X : accusant un candidat new-yorkais d’être un « islamiste » venant d’une culture « qui ment sur tout ». Plus qu’un bad buzz, c’est la foudre du web qui s’est abattue sur Sequoia, sommée de prendre position.
Résultat des courses : une lettre ouverte signée par plus d’un millier de professionnels tech invitant Sequoia à réagir, des départs tonitruants, et même une lettre de soutien en faveur de Maguire. Un drame digne d’un soap opera, mais avec moins de paillettes et plus de NDA. Dernier rebondissement : la COO Sumaiya Balbale, musulmane pratiquante, a claqué la porte, laissant entendre que la liberté d’expression interne avait un goût amer quand elle flirtait avec la haine.
Quand la Silicon Valley parle de diversité, il faut parfois lire les astérisques.
Sur scène, Roelof Botha a botté en touche sur le départ de la COO (secret professionnel oblige), mais il n’a pas échappé à la question qui fâche : fonder la réputation de Sequoia sur la diversité des opinions… même si certaines font grincer des dents. Il a rappelé que les partenaires historiques de la maison n’avaient pas tous voté avec le même bulletin, certains anti-Trump farouches, d’autres… fans du Donald. Pour lui, pas question de bâillonner les voix « piquantes », comme Shaun, même si certaines piquent un peu fort.
En privé, Sequoia se gargarise donc de débat, de points de vue variés et de personnalités épicées à souhait. Mais attention à ne pas confondre « diversité d’opinion » et « dérapage contrôlé ». Botha avoue du bout des lèvres que l’attitude cash de Maguire, ex-ado rejetant les bancs de l’école devenu PhD (plus Elon Muskien que nature), attire certains profils d’entrepreneurs, notamment dans l’IA et la défense, mais qu’elle peut clairement refroidir d’autres esprits.
« Oui, ça a un prix », confesse Botha. Chez Sequoia, on célèbre la liberté d’expression, mais apparemment, l’addition peut coûter cher : image ternie, fondateurs effrayés, et peut-être un peu moins de kumbaya lors des réunions zoom.
Pour les curieux ou les amateurs de discussions pimentées (et de remises sur les billets), il est encore temps de réserver sa place au TechCrunch Disrupt. Quant à Sequoia, on retiendra qu’en capital-risque, on aime autant le risque… que le capital polémique. Un conseil : à force de jouer avec les tweets, certains pourraient finir par se brûler… les pouces !
Source : Techcrunch




