Le monde de l’étude de marché serait-il sur le point de vivre une révolution silencieuse ? Pendant des décennies, les grandes entreprises ont été contraintes de s’adresser à des cabinets de conseil onéreux pour récolter les précieux avis de leurs clients. Pourquoi cette façon de faire, longue et coûteuse, semble-t-elle vaciller aujourd’hui face à l’avancée fulgurante de l’IA vocale ?
Depuis 2023, la startup Keplar, fondée par deux anciens ingénieurs en intelligence artificielle de Google et du South Park Commons, s’impose dans le paysage de la tech avec une promesse simple : abolir les lourdeurs du sondage classique au profit d’interviews menées par une voix synthétique. Mais comment une IA pourrait-elle remplacer la finesse d’un enquêteur humain ? Et, surtout, à quel prix ?
L’argument massue de Keplar réside dans sa rapidité et sa flexibilité. D’un simple clic, une entreprise peut transformer n’importe quelle interrogation en un guide d’entretien automatisé, puis laisser la voix d’un assistant IA interroger les clients, analyser les réponses et générer des rapports. Mais que vaut ce gain de temps ? Est-il suffisant pour faire oublier le savoir-faire humain, ou le « bot » passe-t-il à côté de subtilités importantes ?
Keplar redéfinit les codes du marché, mais la confiance en la machine est-elle prête à rivaliser avec l’intuition humaine ?
Ce pari sur la technologie séduit déjà des grands noms comme Clorox ou Intercom, attirés par le coût réduit et la rapidité de la solution, par rapport aux cabinets traditionnels. Cependant, la concurrence s’organise avec d’autres startups, comme Outset ou Listen Labs, qui lèvent elles aussi des montants significatifs pour accélérer ce bouleversement. Dans cette course à l’innovation, une question s’impose : l’automatisation pourra-t-elle satisfaire la demande croissante de personnalisation des grandes marques ?
Ce qui frappe, c’est l’aisance avec laquelle les usagers répondent à la machine—parfois jusqu’à oublier qu’ils s’adressent à un algorithme, dialoguant avec « Ellie », « Andrew » ou « Ryan », comme s’il s’agissait de vrais collègues. Une performance technique indéniable, rendue possible par les nouveaux modèles d’IA générative. Mais derrière cette prouesse, où situer la frontière entre efficacité et authenticité relationnelle ?
Autre point d’interrogation : le traitement et la sécurité des données. Si Keplar demande parfois l’accès aux CRM des entreprises, qui garantit que ces entretiens ne deviennent pas, à leur tour, une ressource exploitée à d’autres fins ? Et dans un marché en plein essor, qui surveillera la qualité—et la véracité—des analyses livrées par l’IA ou ses concurrents ?
Face à un secteur en ébullition où la course à l’automatisation ne fait que commencer, la question demeure entière : l’ère des études de marché humaines touche-t-elle vraiment à sa fin ou les entreprises feront-elles machine arrière, soucieuses de préserver la voix… authentique de leurs clients ?
Source : Techcrunch




