« On ne fait pas avancer un robot dans la tempête avec deux ficelles et un tournevis, mais ça aide d’avoir un ciré. » Voilà une maxime qu’Anahita Laverack aurait pu adopter lors de ses débuts pas vraiment tranquilles dans l’univers des robots marins. Parce qu’avant de gouverner des nuées de micro-robots océaniques avec Oshen, elle rêvait, comme tant d’autres, des étoiles de l’aérospatiale… avant de réaliser, en pleine compétition robotique, que la vraie aventure se passait plutôt sous les vagues.
C’est en 2021 — cap sur l’Atlantique ! — qu’Anahita, ex-skippeuse et touche-à-tout, tente le Microtransat Challenge : envoyer un robot-voilier traverser l’océan tout seul comme un grand. Résultat : échec cuisant. Faut dire, faire survivre un petit robot dans le grand bleu, ce n’est pas un long fleuve tranquille, surtout quand la météo marine reste aussi mystérieuse qu’un poisson d’avril.
Mais au lieu de noyer son projet, Laverack a eu une révélation à la sauce « data »: le problème n’est pas (juste) technique, il manque cruellement de données sur l’océan lui-même pour bien préparer nos futurs petits explorateurs autonomes. Après quelques conférences arrosées d’idées folles, un constat s’impose : la mer, c’est un océan de secrets… que personne n’a encore réussi à vraiment cartographier.
Parfois, la meilleure façon de réussir, c’est d’être le seul à oser plonger là où personne n’a encore mouillé sa chemise.
Voilà comment est née Oshen, cofondée avec Ciaran Dowds, un ingénieur électro bien branché, tous deux prêts à tout sacrifier… jusqu’à squatter un vieux voilier de 25 pieds dans le coin le moins cher d’Angleterre pour transformer le bateau en laboratoire flottant. Pas de capital-risque sur ce coup-là : d’abord bricoler, améliorer, tester, le tout parfois sous des tempêtes que même les mouettes évitaient. « Des souvenirs mémorables », glisse Anahita d’un ton mystérieux. On laisse donc libre cours à notre imagination…
Mais la traversée n’a pas été de tout repos : faire un robot marin robuste, pas cher, en quantité ? C’est comme vouloir faire un Fish & Chips trois étoiles avec une boîte de sardines et des patates germées ! Des concurrents arrivent à deux qualités sur trois, mais Oshen décroche le triplé et attire alors l’attention de clientèles pas franchement touristes — NOAA, gouvernement UK, défense et météo.
La consécration ne tarde pas : après quelques essais infructueux auprès de la NOAA (les Américains de la météo marine), la ténacité paie enfin. Quinze C-Stars fabriqués express, huit à l’eau, cinq vers les Îles Vierges américaines et… trois robots affrontent une tempête de catégorie 5, reviennent (presque) entiers, et rapportent des données inédites. Des robots qui survivent là où même les crêpes restent au sec, chapeau bas !
Aujourd’hui, Oshen a jeté l’ancre dans la mecque anglaise de la tech marine, Plymouth, et les contrats pleuvent tant côté météo que défense. La prochaine étape ? Un peu d’aide des investisseurs pour naviguer la vague de la demande. Car pour dompter l’océan, il ne suffit pas d’avoir du sel dans les veines : il faut aussi des bots sous le capot !
Il paraît qu’en lançant des C-Stars dans la tempête, Anahita a prouvé qu’on peut vraiment avoir le vent en poupe… même dans un monde de data !
Source : Techcrunch




