« Big Brother vous regarde — et il a un abonnement premium. » Voilà comment pourrait débuter le roman d’anticipation, à peine exagéré, qu’est devenu le quotidien de la surveillance de l’immigration aux États-Unis sous le second mandat de Donald Trump. On pensait avoir tout vu avec les télé-réalités américaines… mais là, c’est la télé qui observe la réalité, et la télé a des camions remplis de gadgets high-tech sous le capot !
Depuis sa campagne, Trump l’avait promis : la lutte contre l’immigration illégale serait son cheval de bataille. Un an après, le score est sans appel : plus de 350 000 expulsions orchestrées par la patrouille de choc de l’ICE (Immigration and Customs Enforcement) et la CBP (Customs and Border Protection). Ça fait du monde dans les bus, mais la vraie vedette du show, c’est la technologie. Entre la détection de mobiles façon Sherlock du XXIe siècle et la reconnaissance faciale sortie tout droit d’un mauvais film de science-fiction, les agents de l’ICE ont plus de gadgets que James Bond (et bien moins de style, mais passons).
Commençons par un best-seller : les « cell-site simulators », ou comment faire croire à vos smartphones qu’ils appellent maman alors qu’en fait, ils discutent avec… l’Oncle Sam. Ces « Stingrays » sont installés dans des vans customisés par TechOps Specialty Vehicles, ce qui fait du véhicule banalisé le nouveau Pokémon rare du rayon surveillance. La subtilité ? Ils aspirent aussi les données de tout le voisinage, innocents compris, et souvent, sans mandat. C’est un peu comme pêcher au filet : on ramasse tout, même les chaussures des passants.
La frontière entre sécurité et intrusion devient si fine qu’on la devine désormais à la loupe numérique.
Vous pensiez pouvoir rester discrets avec une fausse moustache et une casquette vissée ? Raté ! ICE a signé un contrat en or massif de 3,75 millions de dollars avec Clearview AI, la superstar de la reconnaissance faciale. Ajoutez à cela l’app Mobile Fortify, qui aspire les photos de permis de conduire, et c’est toute une base de données de 200 millions de visages qui sourit (ou grimace) à la caméra. Pas d’inquiétude, on leur a demandé s’ils trouvaient ça bien, mais ils n’ont pas répondu. Peut-être un bug du logiciel… ou juste un trop-plein de self-control.
À côté des caméras et micros, voici venir l’artillerie lourde : le spyware à la sauce israélienne signé Paragon (qui se veut « éthique », tout en infectant des téléphones). Même si son contrat a été mis en pause façon « toc, toc, qui est là ? » sous Biden, il a vite repris du service, laissant planer le doute : espionnera, espionnera pas ? Ce feuilleton technologique ferait pâlir Netflix avec ses rebondissements, ses rachats par des firmes de cybersécurité américaines, et même des scandales internationaux dignes d’un polar italien.
Et ce n’est pas fini : Magnet Forensics est dans la place avec ses outils capables de déverrouiller les téléphones verrouillés plus vite qu’un hacker dans un film hollywoodien, tandis que Penlink, avec ses modules Tangles et Webloc, analyse en masse les localisations et mouvements sociaux grâce à vos applis préférées (et à votre géoloc, dont vous avez évidemment lu les conditions d’utilisation… ou pas). Le tout sans mandat, car pourquoi faire simple quand on peut… acheter des données à des courtiers spécialisés ?
Si jamais vous prenez la route, inutile d’espérer échapper à l’œil d’Horus moderne : Flock Safety et ses 40 000 caméras pour la lecture automatique des plaques d’immatriculation veillent, parfois en partenariat malin avec Amazon Ring. Il arrive néanmoins que la coopération fédérale fasse grincer des dents et coupe quelques accès — la révolution, dans ce monde, est parfois locale.
Enfin, pour brosser le tableau, Palantir, géant des données fondé par Peter Thiel, fournit son « Investigative Case Management » et peaufine ImmigrationOS, son logiciel qui suit, classe, filtre, note et piste à peu près tous ceux et celles qui passent une frontière. De quoi se demander si un jour, la frontière ne sera pas non plus entre les pays… mais entre la vie privée et la surveillance intégrale.
Alors la prochaine fois qu’un agent vous demandera si vous avez « quelque chose à déclarer », rappelez-vous qu’ils savent sûrement déjà… ce que vous avez mangé hier soir. Le vrai mur, désormais, c’est celui des données : et il est sacrément bien gardé.
En cette ère de haute surveillance technologique, on ne traverse plus la frontière… on la swipe !
Source : Techcrunch




