Que cherchent vraiment à préserver les États américains lorsqu’ils légifèrent sur la sécurité de l’intelligence artificielle ? La signature du RAISE Act par la gouverneure Kathy Hochul propulse New York sur le devant de la scène : la mégalopole devient le deuxième État des États-Unis à adopter une loi majeure sur la sécurité de l’IA, mais à quel prix, et avec quelles concessions ?
Comment s’est joué ce bras de fer législatif entre politiques, lobbyistes et géants technologiques ? Alors que des changements suggérés par Hochul – à la suite d’intenses pressions du secteur tech – devaient amoindrir la version initiale du projet de loi, c’est finalement le texte originel qui sera promulgué. Cela signifie-t-il que l’industrie de l’IA n’a pas réussi à imposer sa vision, ou faut-il y déceler une stratégie d’apaisement en vue de modifications futures dont le contenu reste inconnu ?
Quels sont les leviers de cette loi ? Désormais, les principaux développeurs d’IA à New York devront divulguer leurs protocoles de sécurité et signaler tout incident en moins de 72 heures. Un nouveau bureau gouvernemental sera chargé de surveiller l’évolution du secteur. Les sanctions financières en cas de manquement peuvent atteindre un million de dollars, voire trois millions en cas de récidive. L’État se dote-t-il vraiment des moyens d’un contrôle effectif ou s’agit-il surtout d’un signal politique puissant envoyé à Washington ?
La lutte autour de la régulation de l’IA s’étend bien au-delà de l’Albany et devient un enjeu national, voire international.
La Californie a ouvert la voie en septembre, la gouverneure Hochul ne cache pas vouloir établir une coalition des États pionniers. Selon elle, l’initiative compense la lenteur de l’administration fédérale, qui tarde à offrir un cadre réglementaire cohérent. Mais face à l’enthousiasme de certains — comme les sénateurs new-yorkais qui se félicitent d’avoir tenu tête à Big Tech — et le soutien calculé de grands acteurs du secteur (OpenAI, Anthropic), on observe aussi de véritables tentatives de déstabilisation politique : le super PAC d’Andreessen Horowitz ou Greg Brockman (président d’OpenAI) cherchent à faire tomber les élus à l’origine de la loi.
Dans cette guerre souterraine, le président Donald Trump a décidé de jouer sa propre carte : un décret présidentiel vient d’ordonner aux agences fédérales de s’opposer légalement aux législations locales sur l’IA. David Sacks, son “AI czar”, serait l’architecte d’une stratégie visant à neutraliser toutes velléités d’expérimentation réglementaire au niveau des États. On s’oriente donc vers une bataille juridique ouverte entre Washington et des États comme New York ou la Californie. Sera-t-elle tranchée rapidement ou mènera-t-on longtemps une guerre d’usure au détriment de la sécurité et de la transparence ?
Du côté de la Silicon Valley, la position officielle est empreinte de diplomatie : OpenAI et Anthropic plaident pour une harmonisation fédérale afin d’éviter une réglementation “patchwork”, mais continuent de soutenir — du moins publiquement — les lois new-yorkaises. Est-ce sincere adhésion ou simple tactique pour mieux négocier les termes d’une future législation nationale ?
Alors que le débat s’intensifie, une question subsiste : qui, entre les États, l’administration fédérale, et les géants de la tech, parviendra vraiment à imposer ses propres règles du jeu pour l’intelligence artificielle et la sécurité publique ?
Source : Techcrunch




