Quand la face-fication de nos vies frôle la dystopie customisée

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Quand la face-fication de nos vies frôle la dystopie customisée

Ah, la société connectée, ce grand laboratoire où l’on teste à la chaîne les limites du contrôle et de la créativité ! Roblox qui exige désormais votre visage pour vous laisser marmonner “MDR” ou, par souci d’évolution numérique, Era qui rêve de voir s’émanciper une armée d’objets intelligents aux mains de créateurs sans chaîne de montage. Entre vérification existentielle et empowerment technologique, la semaine respire la suspicion et la libération à parts égales… mais à condition de passer devant la caméra, bien sûr.

Car pendant qu’on certifie l’âge et la civilité sur les plateformes ludiques à coups de face-fication, Era débarque pour remettre du pouvoir entre les mains des makers, prônant la personnalisation là où jusqu’ici la Silicon Valley imposait son design comme une ONG autoritaire du bon goût algorithmique. Là où Roblox bâtit une tour de Babel segmentée à l’extrême (“9-12 ans uniquement, cir-cul-ez !”), Era casse la cloison, promettant à chacun d’endosser le rôle de son propre concepteur pour des gadgets infusés d’intelligence (et de quelques bugs pour les nostalgiques du bricolage).

Mais que serait ce grand mouvement d’autonomisation créative sans un vieux serpent de mer à ressusciter : le code sans code, ce Graal pour managers rêveurs et autodidactes en goguette ? Sapiom croit ainsi dur comme fer à une nouvelle économie de l’automation, où chaque micro-app pourrait se monétiser d’un micro-paiement, imperceptible pour l’usager mais bruyant dans le cloud. Peut-être l’ultime pas avant l’ultime effacement : dématérialiser à la fois la programmation et la transaction, transformer tout échange en événement financier automatisé, du SMS à votre VTC, quitte à réveiller les cauchemars du “paiement invisible” et des assistants IA compulsivement dépensiers.

La technologie promet de déréglementer, mais elle adore redessiner de nouvelles frontières : derrière chaque air du progrès se cache un sas de contrôle.

L’ironie, bien sûr, c’est que dans cette fuite en avant du paramétrable et du vérifiable, la promesse d’émancipation individuelle s’accompagne toujours d’une contrepartie : donner davantage de soi (son visage, sa vie au micro-paiement, ses données) pour mieux jouir d’une illusion de liberté créative. Entre Roblox qui vous réclame vos pommettes et Era qui encourage votre singularité, il ne reste plus qu’à choisir la couleur de votre laisse numérique. Autonomie, oui, mais surveillée – et, qui sait, tarifée à l’octet par un agent IA zélé, banquier du cloud et arbitre de la bienséance connectée.

Finalement, à trop vouloir rendre la technologie accessible, fluide, “naturelle” et inclusive, on finit par mettre en place de nouveaux rituels d’authentification là où les anciens codes étaient déjà difficiles à casser. Peut-être est-ce ça, la vraie utopie inversée du XXIe siècle : être enfin libéré du code—mais jamais du regard des algorithmes ni des tours de contrôle du progrès.

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