« Pour chaque règlementation, il existe un contre-règlement qui permet de la contourner (sauf pour la loi de Murphy, qui elle, n’a vraiment pas de pitié). » Voici le mantra qui semble planer dans les bureaux chics – ou moins chics – de la Silicon Valley, alors que Meta essaie de s’offrir Manus, une startup d’IA, pour la modique somme de 2 milliards de dollars. Mais attention, alors que tout le monde pensait que le drama venait de Washington, c’est finalement Pékin qui veut jouer les trouble-fête. Surprise ! Réglez vos montres à l’heure du suspense géopolitique.
Au départ, cette acquisition ressemblait à un festival made in USA : un fonds américain (Benchmark) mise sur Manus, des politiciens s’inquiètent, le Département du Trésor américain farfouille dans ses règlements sur les investissements en Chine, et hop, Manus s’expatrie de Pékin à Singapour comme on se refait une beauté en changeant de filtre Instagram. Objectif avoué : couper les ponts (ou au moins les wifi) avec l’Empire du Milieu. On appelle ça le « désenchevêtrement », même si, dans ce business, les pelotes sont rarement vraiment démêlées.
Mais voilà, alors que les Américains commençaient à se détendre, pensant avoir sécurisé le deal, les autorités chinoises tirent la sonnette d’alarme : et si Manus avait emporté dans ses valises un peu trop de savoir-faire ? Les contrôles à l’exportation de technologies sont désormais brandis comme un sabre laser rouge, remettant en cause la légèreté du fameux “Singapore washing”, ce sport où les startups chinoises s’autorisent une petite croisière direction le Merlion pour échapper aux radars de Pékin.
Le business tech, c’est avant tout l’art de l’esquive réglementaire internationale…
La vraie crainte de la Chine ? Que le cas Manus fasse des émules, et que toutes ses jeunes pousses IA prennent la poudre d’escampette “made in Singapore”, tout sourire, tout avenir, et livrent sans autorisation leurs secrets de fabrication aux géants occidentaux. Alors oui, jusqu’ici certains disaient que la Chine n’avait plus beaucoup de cartes à jouer, mais comme dit l’adage : il ne faut jamais parier contre un État (surtout s’il a déjà prouvé, comme avec l’affaire TikTok, qu’il savait manier le pouvoir réglementaire à l’international).
Pendant ce temps-là, à Washington, certains analystes jubilent. Selon eux, cette histoire prouve que les têtes pensantes de l’IA préfèrent aujourd’hui venir s’installer là où le soleil – et les dollars – brillent le plus. Pour eux, c’est la confirmation que l’écosystème IA américain est en train d’aspirer les talents comme un Roomba géant nettoie un tapis. Mais la réalité pourrait être moins linéaire qu’un script Python : le jeu n’est pas terminé, et la prochaine mise à jour pourrait réserver quelques bugs réglementaires non documentés.
La question à deux milliards sera donc : Meta ira-t-il jusqu’au bout avec Manus, ou ce feuilleton géopolitique accouchera-t-il, comme souvent, d’une bonne vieille pirouette administrative ? Ce qui est certain, c’est que cette acquisition prouve une fois de plus que, dans la tech, plus on croit avoir tout contrôlé, plus il reste de fenêtres (ou de backdoors…) à surveiller.
Après tout, à force de jouer aux échecs réglementaires, certains finiront bien par se prendre un Manus… de revers.
Source : Techcrunch




