Pourquoi le Founders Fund, célèbre fonds d’investissement fondé par Peter Thiel, s’apprête-t-il à lever l’un des plus gros fonds de capital-risque de sa longue histoire alors même que l’écosystème traverse des turbulences ? Est-ce le signe d’une remontée de confiance ou d’un changement de stratégie parmi les grands investisseurs technologiques ?
À l’aube de conclure un quatrième fonds de croissance, baptisé Founders Fund Growth IV, la firme s’apprête à collecter près de 6 milliards de dollars – une somme vertigineuse qui soulève de nombreuses interrogations. Selon des sources proches du dossier, l’appétit des investisseurs extérieurs serait si fort qu’il dépasserait les capacités mêmes du fonds. Autre élément marquant : environ 1,5 milliard proviendra cette fois-ci directement des associés du Founders Fund. Pourquoi cette implication financière inédite de la part des partenaires ? Sont-ils convaincus que le marché des startups justifie un tel pari, ou se prémunissent-ils contre la faiblesse de la conjoncture extérieure ?
Cette levée spectaculaire survient à peine un an après la clôture de Growth Fund III, déjà constitué autour de 4,6 milliards de dollars majoritairement destinés à des investissement de suivi dans les sociétés déjà en portefeuille. Le Founders Fund a-t-il la volonté de se transformer progressivement en géant du « late stage » plutôt qu’en incubateur précoce, comme à ses débuts ? Les investisseurs historiques misent en tout cas sur un portefeuille impressionnant, de Crusoe dans le cloud IA à Stripe et Ramp dans la fintech, sans oublier Palantir, SpaceX ou Anduril dans l’infrastructure stratégique et la défense.
L’ambition croissante du Founders Fund dans le financement à grande échelle pose la question de son véritable objectif : fidélité à l’innovation radicale ou course à la valorisation ?
Mais la liste de ces participations soulève aussi la question de la concentration du capital tech entre quelques mains. Pourquoi le Founders Fund a-t-il décidé, par exemple, de co-diriger récemment un investissement monumental dans Anthropic, la pépite de l’IA valorisée à 380 milliards de dollars, aux côtés de nouveaux acteurs institutionnels ? La stratégie ici n’est plus seulement de soutenir des startups déjà connues, mais d’entrer au capital de nouveaux géants dès leurs premiers pas. Est-ce une course pour s’assurer une place incontournable auprès de toutes les licornes de l’IA, quitte à négliger le financement des toutes premières phases d’innovation ?
Par ailleurs, la dynamique s’inverse sur l’amorçage. Tandis que la totalité des regards se porte sur le « growth stage », le fonds n’a pas levé de nouveau véhicule early-stage depuis plus de deux ans. Un choix qui intrigue, d’autant que, face à la crise, la société a même été contrainte de réduire de moitié son dernier fonds d’amorçage, de 1,8 à 900 millions de dollars seulement. Pourquoi cette frilosité soudaine alors que, traditionnellement, c’est sur ce segment que se forgent les révolutions technologiques ?
Enfin, dans ce grand remaniement stratégique, Founders Fund se fait discret, refusant tout commentaire officiel. Que cache ce silence ? Un repositionnement prudent face aux mutations du secteur, ou au contraire une stratégie agressive à l’heure où la bataille pour les startups stratégiques fait rage, notamment dans l’intelligence artificielle ?
Le mouvement de fond du Founders Fund ébranle-t-il l’équilibre déjà fragile entre investissements massifs sur des valeurs sûres et accompagnement patient de l’innovation naissante ? La Silicon Valley peut-elle encore permettre l’émergence de talents sans la bénédiction de ces mastodontes ?
Source : Techcrunch




