Jusqu’où ira l’intelligence artificielle pour façonner notre façon d’écouter de la musique ? Voilà la question centrale derrière la dernière fonctionnalité testée puis lancée par Spotify : la « Prompted Playlist ». Mais cette avancée est-elle réellement synonyme de liberté créative ou s’agit-il d’un nouveau pas vers l’automatisation de nos goûts musicaux ?
Il y a quelques mois, le géant suédois du streaming testait la génération automatique de playlists via des prompts en Nouvelle-Zélande. Très vite, cette nouveauté s’est déployée aux États-Unis et au Canada, et voici qu’elle s’étend aujourd’hui aux abonnés Premium du Royaume-Uni, de l’Irlande, de l’Australie et de la Suède. Faut-il craindre une révolution mondiale de la curation ? Que gagne vraiment l’utilisateur dans cette approche ultra-personnalisée ?
Le principe paraît séduisant : il suffit désormais de décrire l’ambiance, le moment ou l’inspiration que l’on recherche (« playlist pour un dimanche de pluie nostalgique », « rythmes pour dîner entre amis », etc.) pour que Spotify concocte une sélection sur mesure. Est-ce la fin de l’éternel scroll parmi les genres ou les artistes connus ? Le service va jusqu’à proposer d’inclure principalement de la nouveauté, de puiser dans votre propre bibliothèque ou de s’inspirer d’événements culturels précis. On peut même commander une ambiance basée sur un film ou une étape de vie.
Spotify bouscule les codes de la découverte musicale, mais la machine peut-elle vraiment rivaliser avec la sensibilité humaine ?
Ainsi, pour chaque demande, l’IA pioche dans votre historique d’écoute, colle à l’actualité musicale et justifie chaque choix de morceau par une brève explication. Pratique ou intrusif ? Pour ceux qui aiment se réinventer, les playlists peuvent être actualisées automatiquement, tous les jours ou toutes les semaines. Mais le service, toujours en phase de bêta, impose pour l’instant des limites d’utilisation. Que penser de ces premiers retours, notamment de certains utilisateurs signalant un plafond à 20 ou 30 prompts ? Faut-il y voir une prudence vis-à-vis de l’algorithme ou un coup de frein pour tester le terrain ?
Ce dispositif n’est qu’une pièce du puzzle dans la stratégie d’intelligence artificielle de Spotify. Outre la musique, la plateforme a branché l’IA sur les podcasts, les livres audio — et même la vente de livres physiques. Est-ce un pas supplémentaire vers la conquête culturelle globale par les algorithmes ? Même les développeurs de Spotify semblent désormais déchargés de la programmation classique, confie le co-PDG Gustav Söderström, laissant à l’IA le soin d’écrire le code depuis décembre.
En parallèle, des outils comme « Page Match », pour passer d’une page de livre physique au passage correspondant dans l’audiobook, ou des fonctionnalités auditives enrichies de traductions hors ligne, démontrent à quelle vitesse le service veut transformer l’expérience utilisateur. Sans oublier le partenariat avec SeatGeek qui permet d’acheter ses billets de concerts depuis Spotify même : l’ère du streaming tout-en-un est-elle à nos portes ?
Finalement, face à une IA qui s’infiltre partout, de la programmation à la création puis à la consommation, n’est-on pas en train de déléguer toujours plus nos choix – et nos émotions – à la machine ? Et la prochaine limite, alors, qui la fixera ?
Source : Techcrunch




