Peut-on encore protéger notre vie privée à l’ère des applications mobiles et des trackers publicitaires ? La question se pose aujourd’hui avec une acuité renouvelée : le FBI a reconnu avoir recommencé à acheter des données de localisation de citoyens américains auprès de courtiers spécialisés, pour alimenter ses enquêtes fédérales. Pourquoi l’agence a-t-elle pris cette décision et qu’est-ce que cela signifie réellement pour les libertés individuelles ?
D’où viennent ces données ? Majoritairement des applications de jeux et de services ordinaires installées sur des millions de smartphones. Les courtiers en données poursuivent leur collecte quasi invisible via des publicités mobiles ou des services tiers, puis proposent ces « crops » d’informations à qui veut bien les acheter. Or, après une pause et des affirmations contraires datant de 2023, le FBI confirme ouvertement devant le Congrès son retour à ces pratiques controversées. Qu’a motivé ce revirement ? Une nécessité opérationnelle, comme le prétend la direction du Bureau, ou un manque de garde-fous juridictionnels ?
En témoignage, Kash Patel, directeur du FBI, reste flou sur l’ampleur du phénomène. Questionné par le sénateur Ron Wyden sur la volonté de renoncer à l’achat de données de géolocalisation, la réponse est évasive : toutes les méthodes sont envisagées pour « remplir la mission » du Bureau, tant que cela reste conforme à la Constitution. Mais qui décide de cette conformité ? Le FBI affirme agir dans le cadre légal de l’Electronic Communications Privacy Act, mais évite de révéler les noms des fournisseurs, la fréquence des achats ou la durée de conservation des données collectées.
L’achat massif de données de localisation pose-t-il un nouveau défi aux droits fondamentaux à la vie privée aux États-Unis ?
La réaction politique ne s’est pas fait attendre. Pour des élus comme Ron Wyden, cette stratégie d’achat direct de données commerciales contourne purement et simplement le Quatrième Amendement, qui protège pourtant les Américains contre les recherches et saisies non justifiées de leurs effets personnels et numériques. Est-ce là une brèche légale ou déjà un pas de géant vers la surveillance généralisée ?
Autre fait troublant : la technique n’est pas isolée au FBI. D’autres agences, telles que la Customs and Border Protection, exploitent également les failles du marché publicitaire numérique pour retracer les déplacements de citoyens à partir de données « visibles » lors d’enchères publicitaires (RTB), via des dispositifs publicitaires omniprésents sur le web et le mobile. Qui sont alors les véritables bénéficiaires de cette surveillance généralisée ? Les entreprises de data brokers, les services de renseignements, ou les deux ?
Actuellement, le FBI justifie encore ne pas requérir de mandat judiciaire pour effectuer ces achats, s’appuyant sur une théorie juridique encore inexplorée devant les tribunaux. Mais pour combien de temps ? Un projet de loi bipartisan, le Government Surveillance Reform Act, pourrait exiger dans un futur proche une obligation de mandat, refermant du même coup la « loophole » commerciale si précieuse aux yeux de certaines agences. La pression monte : la société américaine risque-t-elle de devoir choisir entre sécurité nationale et confidentialité numérique ?
Face à ce dilemme persistant, la question revient : nos lois sont-elles suffisamment armées pour préserver nos droits à l’ère du « tout-connecté » ?
Source : Techcrunch




