Spotify va-t-il trop loin dans la diversification de ses contenus, ou anticipe-t-il tout simplement l’avenir des plateformes audio ? C’est la question que l’on se pose face à son dernier pari : le fitness. Après s’être aventuré avec succès dans les podcasts, audiobooks, vidéos — et même les livres physiques —, le géant suédois vient d’annoncer son nouvel axe de développement : les contenus sportifs et bien-être. Mais sur quels atouts Spotify compte-t-il pour s’imposer dans un secteur déjà très concurrentiel, et qu’est-ce que cela signifie vraiment pour les utilisateurs ?
La stratégie de Spotify semble limpide : capitaliser sur son image de leader des playlists « motivantes » pour l’exercice afin de devenir, tout simplement, le lieu même où s’effectue ce fameux entraînement. Mais peut-on vraiment transformer une application d’écoute en véritable coach sportif ? Pour marquer le coup, la société s’est alliée à des créateurs de bien-être reconnus et a scellé un partenariat avec Peloton, l’un des poids lourds de l’équipement fitness connecté. Peloton, c’est plus de 1 400 cours à la demande sans publicité, mais aussi la promesse d’ouvrir l’univers du fitness à ceux qui ne possèdent pas leur matériel.
La mise en place est-elle à la hauteur des ambitions ? Un nouvel onglet “Fitness” dans l’application donne accès, aussi bien sur mobile que sur ordinateur ou TV, à une offre sans précédent : playlists spécialisées, vidéos, et contenus interactifs. Aussi bien les utilisateurs gratuits que ceux du Premium peuvent profiter de dizaines de playlists et de séances guidées. Les instructeurs derrière des noms comme Yoga with Kassandra ou Sweaty Studio sont-ils suffisamment fédérateurs pour attirer une communauté fidèle sur Spotify, à l’instar de leur présence sur YouTube ou Instagram ?
Spotify veut transformer l’expérience d’écoute sportive en véritable espace de coaching digital.
La force de frappe est indéniable : des options en anglais, espagnol et allemand, téléchargeables pour usages hors-ligne, un accès simplifié, et un modèle de monétisation déjà bien rodé grâce au Spotify Partner Program. Mais le mystère plane sur les détails financiers des accords signés, notamment avec Peloton : s’agit-il pour Spotify d’expérimenter, ou de lancer un nouveau bras de son économie, qui pourrait demain intégrer abonnements ou contenus payants ?
La décision d’investir dans le fitness ne doit rien au hasard : selon Spotify, près de 70 % de ses abonnés Premium font du sport chaque mois. Et les playlists « workout » se comptent par centaines de millions sur la plateforme. Le lancement récent de la création automatique de playlists d’entraînement par IA n’a fait qu’accentuer cette tendance. Les utilisateurs en demandaient-ils vraiment autant, ou est-ce une manière pour Spotify de façonner de nouveaux usages… au risque de perdre son âme musicale ?
Car cette expansion tous azimuts ne risque-t-elle pas de lasser ceux qui, justement, cherchent la simplicité ? La multiplication des formats pourrait brouiller l’expérience utilisateur, une inquiétude que Spotify semble partager puisqu’il vient de rendre possible la désactivation des vidéos, preuve qu’il reste attentif aux retours de ses abonnés.
Face à cette mutation, deux visions semblent s’opposer : celle d’une super-app de l’audio et du bien-être, capable de tout centraliser… et celle d’une plateforme qui s’éparpille et s’alourdit. Alors, cette stratégie fera-t-elle vibrer les amateurs de cardio aussi bien que les mélomanes ?
Source : Techcrunch




