Faut-il renforcer les règles sur la circulation des robotaxis aux États-Unis ? L’émergence des véhicules autonomes, vantée comme une révolution de la mobilité urbaine, pose aujourd’hui une question troublante : que se passe-t-il lorsque ces machines ultra-technologiques se retrouvent face aux urgences humaines ? L’industrie est-elle allée trop vite en besogne en déployant ses robotaxis avant de garantir leur vraie compatibilité avec les exigences des services de secours ?
Des incidents toujours plus nombreux montrent que tout ne roule pas si bien pour les leaders du secteur, tels que Waymo et ses concurrents. Ces derniers mois, des véhicules autonomes ont bloqué des ambulances, ignoré des signaux d’alerte comme les balises ou les cônes, voire traversé des scènes de crimes actives. Doit-on s’inquiéter du fait que, dans plusieurs cas révélés par une enquête de TechCrunch, les policiers et pompiers ont dû prendre eux-mêmes le volant de ces véhicules à la dérive ?
C’est dans ce climat de défiance que le député Kevin Mullin (D-Californie) s’apprête à soumettre à la Chambre un projet de loi baptisé AV Emergency Response Coordination Act. Son objectif : imposer des protocoles de sécurité minimums à l’échelle fédérale pour tous les exploitants, et donner aux autorités de vraies marges de manoeuvre en cas d’urgence. Mais cette régulation tant attendue arrivera-t-elle à temps ? Mullin, soutenu par le maire de San Francisco et des responsables de la sécurité routière, a martelé que les incidents récents sont « inacceptables » et « préoccupants ». Pourquoi les constructeurs n’ont-ils pas eux-mêmes anticipé ce bras de fer ?
L’autonomie des véhicules doit-elle prendre le pas sur la sécurité publique, ou l’inverse ?
La loi introduirait une série de mesures inédites : obligation pour les sociétés de fournir des procédures claires aux secours, de mettre en place une hotline 24h/24 pour les responsables publics, et de s’aligner sur des standards développés par la NHTSA. Plus marquant encore, le texte permettrait d’imposer un « geofencing » d’urgence, pour restreindre en temps réel la zone d’évolution des robotaxis lors d’événements critiques. Un outil de contrôle attendu depuis longtemps par les collectivités : les villes peuvent-elles enfin garder la main sur l’invasion algorithmique de leurs rues ?
Waymo s’en défend, affirmant soutenir toute harmonisation fédérale des règles. Mais la multiplication des défaillances met l’ensemble de la filière sous pression — surtout depuis que l’agence fédérale NHTSA a adressé aux fabricants un ultimatum pour qu’ils prouvent leurs efforts pour limiter les interférences avec les secours. Les réponses des géants comme Waymo ou Zoox seront-elles jugées suffisantes ou risquent-elles de provoquer une riposte fédérale encore plus sévère ?
Les controverses s’enchaînent à San Francisco, où la maire Daniel Lurie milite pour un renforcement des règles, après avoir dénoncé un embouteillage monstre le 4 juillet dernier, amplifié par des robotaxis… en panne. Ces incidents frappent-ils la confiance du public, déjà méfiant envers les véhicules autonomes, au point de questionner durablement leur légitimité ? Les élus locaux pressent les autorités d’accélérer la création de normes, à l’heure où les véhicules sont de plus en plus nombreux à partager l’espace public avec les piétons, cyclistes, et les secours.
Finalement, la promesse initiale d’une mobilité plus sûre via l’automatisation est-elle compatible avec la réalité du terrain ? Un futur hyperconnecté peut-il se concilier avec l’imprévisibilité — et l’urgence — du monde réel ? Un cadre strict national serait-il la solution miracle ou un simple coup de frein à une industrie balbutiante ?
Source : Techcrunch




