Faut-il viser la Lune pour dominer l’intelligence artificielle? Cette question, audacieuse, s’est retrouvée au centre d’une réunion interne chez xAI, la société d’Elon Musk, mardi soir. Si Musk semble toujours vouloir aller là où personne ne s’attend à le voir, la nouvelle lubie du moment—bâtir une usine sur la Lune pour y lancer des satellites d’IA—pose autant de doutes que de rêves pour ses équipes et l’écosystème tech. Mais derrière l’effet d’annonce, existe-t-il un plan crédible ou de simples ambitions lunaires?
Pourquoi le fondateur de Tesla et SpaceX souhaite-t-il installer une méga-usine sur le sol lunaire, équipée d’une catapulte géante pour envoyer des satellites dans l’espace? En promettant, selon le New York Times, que cette infrastructure donnerait à xAI une puissance de calcul inégalée, Musk mise-t-il sur un avantage technologique vraiment tangible, ou ne s’agit-il que d’un effet de manche face à des concurrents comme OpenAI ou Google?
Le mystère s’épaissit alors que près de la moitié des cofondateurs de xAI ont jeté l’éponge en quelques jours, tandis que la société fusionnée xAI-SpaceX s’apprête à une entrée en bourse historique. Pourquoi ce timing? Est-ce l’effet de l’incertitude stratégique, des tensions internes, de l’épuisement face à la cadence « muskienne » ou simplement l’opportunité d’un jackpot financier avec la valorisation à mille milliards de dollars de SpaceX?
Tandis que les ambitions lunaires de Musk semblent grandir, son équipe fondatrice, elle, rapetisse à vue d’œil.
Depuis toujours, la planète Mars était affichée comme destination finale. Mais Musk a récemment semé la surprise : priorité à la Lune, qui, selon lui, permettrait l’émergence rapide d’une cité autonome. Nouvelle lubie ou pivot stratégique mature? Est-ce une réponse à l’impatience des marchés financiers, plus enclins à miser sur des centres de données spatiaux que des colonies planétaires à horizon trentenaire?
Qu’en pensent les investisseurs? Selon un venture capitalist impliqué dans xAI, le plan lunaire serait en réalité indissociable de la vision globale de Musk : agréger via ses différentes entreprises des données exclusives, tant énergétiques (Tesla), cérébrales (Neuralink), spatiales (SpaceX) que souterraines (The Boring Company), pour entraîner une IA unique au monde. Mais la Lune serait-elle la pièce manquante, ou le miroir aux alouettes d’un modèle « world-wide » jamais vu?
Reste à savoir si un tel rêve est seulement légal, ou même réalisable. La frontière entre exploitation et dépossession de la Lune reste floue. Le traité de l’espace de 1967 interdit les revendications territoriales, mais une loi américaine de 2015 ouvre la possibilité d’« extraire » et donc de s’approprier ce qui s’y trouve. Est-ce là la faille réglementaire sur laquelle s’érige toute l’ambition lunaire de Musk?
Aujourd’hui, alors que l’équipe xAI se réduit, Musk pourra-t-il bâtir ce « modèle du monde » qu’aucun concurrent ne pourrait copier? Ou assistons-nous au rêve d’un empire spatial qui s’effrite déjà, miné par la fuite de ses cerveaux?
Source : Techcrunch




