Copy party, bugs d’ego et Super Bowl de la surveillance : le roman feuilleton de nos vies augmentées

Illustration originale : Evan Iragatie / Flux

Edito
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Copy party, bugs d’ego et Super Bowl de la surveillance : le roman feuilleton de nos vies augmentées

Il y a quelque chose de fascinant – et terriblement dérangeant – dans notre nouvelle religion de la technologie : nous nous inclinons les yeux écarquillés devant l’IA, le software messianique ou l’ID numérique, mais nous n’avons d’yeux que pour la croûte du progrès, jamais pour sa mie bien grasse. Cette semaine, l’actualité technologique ressemble à un buffet à volonté où chaque plat a ce goût étrange, entre le déjà-piraté et le pas-encore-assimilé. Le feuilleton judiciaire IA versus copyright rencontre le roman noir de l’énergie à flux tendu, croise la guerre ouverte des assistants publicitaires et finit par vendre votre identité numérique comme un énième tube d’aspirine à la caisse du supermarché.

Commençons par ce paradoxe exquis : alors que les IA mastiquent nos livres piratés pour pondre en série des textes qui n’appartiennent plus vraiment à personne, les énergéticiens toussent sous la pression électrique exponentielle de ces mêmes monstres numériques. Les créatifs s’indignent contre le pillage de leur labeur, flairant l’arnaque d’un deal faiblard – 3000 dollars la sueur d’une vie – pendant que, dans les coulisses, la grande magie logicielle promet de sauver le réseau électrique agonisant (et si le logiciel était notre nouveau filet de sécurité ?). Mais plus ces IA s’empiffrent de giga-énergie et d’octets créatifs, plus elles révèlent la fragilité d’un système construit sur l’amnésie : l’amnésie des créateurs spoliés et l’oubli de la stabilité des infrastructures de base.

Autour de ce festin, chacun veut sa part du gâteau : OpenAI, Anthropic, Meta et consorts jouent un strip-tease réglementaire devant les tribunaux, avant d’enchaîner sur une battle de publicités durant le Super Bowl, question d’éthique à la clé ou de simple guéguerre de branding ? Le grand cirque de la neutralité s’effondre dès lors qu’un chatbot vous conseille de muscler votre vie… puis de commander des semelles boostées, tout ça sur fond de faux « choix » et de pubs contextuelles (adieu la neutralité, bonjour la déréliction du modèle économique). Le cynisme n’a plus de frontières lorsque l’assistance censée vous guider devient la voix suave qui vous vend la prochaine formule d’abonnement.

Quand la promesse de l’IA « bienveillante » se transforme en pub payante, fausse liberté et véritable dépendance se confondent dans une odeur de code brûlé.

Et si, pour dissoudre la nausée, on descendait un dernier shot de « disruption » ? Du CRM qui promet de « vendre sans perdre l’humain » (Monaco) à l’identité numérique Aadhaar servie en option QR code, il ne s’agit plus de dématérialiser : il s’agit de capter, d’enfermer et de rentabiliser jusqu’à la dernière particule d’humanité. La « part du choix » reste limitée : la consentitechnologie est toujours affaire d’opt-out par défaut, sourit à la caméra, clique ici pour refuser d’être pisté (ou pas). Le succès de Sora – superstar déchue du remix vidéo IA (Sora, l’IA vidéo qui déjà décroît) – ne fait que confirmer cette loi d’airain : qui contrôle la donnée, contrôle le sens, la publicité, la distribution… parfois même les rêves.

L’innovation se nourrit donc de ses propres paradoxes : elle promeut l’humain augmenté tout en le réduisant à une ligne de code, promet la souveraineté tout en raffinant l’arsenal de la surveillance indexée. La seule ligne qui compte désormais n’est plus celle d’un verdict dans un procès d’auteurs floués, ni celle du discours corporate du dernier Super Bowl de la com’ IA : c’est la ligne invisible où l’humain, le citoyen, l’auteur ou le client, cesse de savoir s’il tient le stylo, ou s’il s’est déjà fait doubler par l’algorithme. La technologie nous promet des lendemains qui chantent, mais, à force de copier-coller, n’écrit-elle pas simplement le roman d’un temps où, entre pirater et être piraté, il ne reste plus qu’à choisir son camp – ou son abonnement ?

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