« La concurrence, c’est comme le piment : bien dosé, ça relève le plat, mais trop fort, ça fait pleurer tout le monde. » Dans les coulisses du monde impitoyable des start-ups, la rivalité entre Polymarket et Kalshi ressemblait jusque-là à un bon vieux duel de western. Mais voilà que nos deux cow-boys préférés rangent, du moins en apparence, leurs colts… pour investir ensemble dans le même saloon.
Incroyable mais vrai : les PDG de Polymarket et Kalshi ont sorti le carnet de chèques pour 5(c) Capital, un nouveau fonds de capital-risque entièrement dévoué aux marchés de prédiction, monté par d’anciens salariés de Kalshi. Oui oui, vous avez bien lu, ces mêmes patrons qui adorent se crêper le chignon devant tout l’écosystème start-up se retrouvent à table pour couper… la galette !
Derrière ce nom mystérieux, 5(c) Capital, qui fait référence à une clause réglementaire digne d’un épisode de « Better Call Saul », les ambitions sont claires : lever 35 millions de dollars pour miser sur une vingtaine de jeunes pousses du secteur, notamment sur l’infrastructure – de quoi bâtir une autoroute sur laquelle les marchés de prédiction pourront rouler à fond la caisse, sans se prendre trop de radars (réglementaires) au passage.
Parfois, la meilleure façon de battre son rival, c’est d’investir avec lui… histoire de gagner à tous les coups.
Derrière cette alliance façon « ennemis jurés mais business first », on retrouve non seulement Tarek Mansour (Kalshi) et Shayne Coplan (Polymarket), mais aussi quelques poids lourds de la tech dont le célèbre Marc Andreessen et Micky Malka de Ribbit Capital. Polymarket, discret comme un hacker en plein bug bounty, n’a pas daigné répondre à nos questions – encore un coup de la stratégie du mystère, probablement pour alimenter le hype.
Pendant ce temps-là, Kalshi tente le grand écart et vise un tour de financement à un vertigineux 22 milliards de dollars de valorisation, soit le double de ce qu’ils affichaient il y a quatre mois à peine. Polymarket n’est pas en reste non plus : eux discutent une levée qui pourrait les faire flirter avec les 20 milliards. Les prédictions, ça paie – à condition de parier sur le bon cheval.
L’ironie du sort, c’est que la bataille la plus féroce de la tech pourrait bien accoucher… d’une fusion des intérêts. Peut-être qu’investir sur celui qu’on veut dépasser est la manière la plus élégante (et lucrative) de gagner la course ? À moins qu’il s’agisse simplement de s’assurer que, quoi qu’il arrive, sa mise reste dans le pot commun. On appelle ça avoir le sens des affaires… ou du jeu d’esprit, à vous de choisir.
Dans cette folle partie de poker, qui bluffe qui ? Une chose est sûre, la frontière entre compétition et collaboration a rarement été aussi fine — ou aussi rentable. Pour prédire le futur de la tech, mieux vaut garder un œil sur tous les paris… et peut-être miser sur l’adversaire. Après tout, dans la jungle des start-ups, il vaut mieux un rival dans la poche qu’un concurrent dans le miroir.
Parce qu’au final, quoi de mieux, pour dompter l’incertitude… que d’acheter une part dans sa propre « rivalité » ? Pas de doute : dans la tech comme aux courses, il y a ceux qui parient, et ceux qui encaissent. Ici, certains font les deux – et tant pis pour les pronostics !
Source : Techcrunch




